Le Prieuré de Sion,
De l’Ordre viendra le chaos
De la mythologie à la mythomanie :
Charles Nodier au Château de Gaillon, "Voyage dans l’ancienne France", vol.III.
Quittons quelques instants les sentiers de Gaillon pour mieux y retourner plus tard. Nous tenons à rassurer le lecteur d’emblée : aucune trace d’un antique Prieuré de Sion n’a été détecté à Gaillon, si ce n’est le passage de Charles Nodier, un des prétendus Grand Maîtres de cette ordre obscur fondé officiellement en 1956.
Dans la mythologie de Rennes-le-Château, l’ordre fondé par Pierre Plantard a toujours suscité la polémique. C’est Gérard de Sède qui le premier c’est fait le chantre de ce mouvement avant de s’en écarter. Dans le dernier quart du XXème siècle, les dirigeants du Prieuré se sont reposés sur d’anciennes chartes de 1152 et 1178 émanant du véritable Ordre de Sion en Palestine pour se prévaloir de leur titre.
Le Prieuré de Sion prétend naître ainsi au XIème siècle des rangs de l’Ordre des Chevaliers du Temple. Leur séparation aurait été entérinée à Gisors en l’an 1188 sous un orme plus que centenaire. L’orme du champ sacré de Gisors est connu pour avoir subi les outrages de l’abattage : symbolique de la scission de l’ordre du Temple en deux groupes distincts, les Templiers et le Prieuré de Sion. Si ce dernier ordre mystique fut érigé en association "loi 1901" en 1956, aucun document écrit n’a été trouvé ou ne subsiste attestant l’existence d’un antique et réel Prieuré de Sion en 1188, socle présumé d’un Ordre Rose+Croix. [1]
Entrevue entre Philippe-Auguste et Henri II à Gisors le 21 janvier 1188 - "Prêche de la 3ème croisade" par Gillot Saint-Evre, 1839.
L’histoire officielle connue est tout autre. L’orme de Gisors était protégé contre les attaques du bétail, aussi le connaissait-on mieux sous l’appellation de l’Ormeteau Ferré. L’orme a bel et bien été abattu. C’est un évènement historique avéré et non une légende. La cause de la rupture de l’arbre est bien différente de celle émise par le Prieuré de Sion. Une altercation intervint entre Philippe-Auguste, roi de France, et Henri II, roi d’Angleterre, à propos de la présence anglaise sous l’arbre. Le Roi de France voyant l’Anglais installé à l’ombre du feuillage rafraîchissant de l’Orme ne supporta pas ses moqueries. Une rixe s’en suivit et notre arbre plus que centenaire périt sous la hache des Français. On retrouve l’épisode relaté dans la «chronique de Rains». [2]
Extrait des dossiers secrets Lobineau.
Faut-il se fier aux seules affirmations d’un Pierre Plantard de Saint Clair [3] ? Tout chercheur sérieux ne saurait l’admettre ou le réfuter de facto. Il est indispensable d'être des plus rigoureux quand on touche la corde sensible du Prieuré de Sion. Le sujet est plus brûlant que sulfureux. Le Prieuré est un des ordres les plus difficiles à cerner raisonnablement.
Les auteurs du "Message" [4] disaient avec justesse : "Nous sommes confrontés à une organisation d’une extraordinaire sophistication psychologique". En effet, l’Ordre n'apparaît sérieusement dans aucun ouvrage à valeur historique. On nous rétorquera qu’une société secrète par définition, en tant que telle, doit rester dans l’ombre de l’Histoire. Mais notre Histoire, bien que stéréotypée, filtrée, préformatée, laisse parfois échapper quelques couleuvres des mailles de son filet grotesque. Il en est tout autrement dans les domaines de l'extravagance ésotérique où le Prieuré jouit très largement du porte-monnaie d’un auditoire crédule, aidé en cela par les médias et quelques "nantis" rangés à la cause "prieuresque". Ces derniers, parait-il, auraient des documents fracassants, fabuleux et authentiques entre leurs mains. Ils nous les promettent à chaque coup de boutoir reçu par leur cher Prieuré. Mais ce sont toujours les mêmes écrits douteux qu’on nous ressort : le Serpent Rouge, Dossier Lobineau, etc. Depuis quelques semaines, nous devons nous les "coltiner" à nouveau à la sauce Cro-Magnon sorti de "Donjon et Dragon". Il faut bien vous dire qu’à ce niveau de jeu, vous ne gagnerez rien à tout avaler; le bourrage de crâne à grands coups de massue, qu’il soit doux et charmeur, ça ne paye pas... d’ailleurs ça ne paye jamais !.. Tout comme le portefeuille d’un borgne griffu sur lequel il aurait laissé quelques empreintes tapageuses radiocommandées.
La Vérité est ailleurs :
Calvaire du jardin de l’église de Rennes-le-Château.
La censure ne fera pas avancer le "schmilblic", pas plus que des affirmations sans fondement. Il ne nous a fallu que quelques jours pour retrouver une simple date qui pouvait en dire long sur l’authenticité du Prieuré. Personne ne pouvait nous dire la date précise de la coupure de l’orme de Gisors en 1188 [5].
On rabâche, on répète des mots, des phrases, des idées, sans avoir le moindre souci d’en vérifier l’origine. Une date aussi précieuse pour le Prieuré de Sion n’aurait jamais pu être oubliée, si tant est que ce prieuré existe bien depuis une époque ancienne. Cette date est pourtant donnée dans l’ouvrage de G. de Sède [6] : 15 août 1188, pour la création du Prieuré de Sion. Nulle part ailleurs, nous n'avons pu la trouver. Une référence dans un livre d’histoire quelconque aurait donné du crédit, minime soit-il, aux allégations de Plantard.
De la même manière, beaucoup ont attribué bien facilement au fantasmagorique Prieuré de Sion l’épitaphe gravée tout autour du calvaire situé dans le jardin de son église : Christus AOPMS defendit (Christus ANTIQUUS ORDO MYSTICUSQUE PRIORATUS SIONUS Defendit). En dépit des manœuvres conciliatoires pour attribuer les citations du calvaire au Prieuré de Sion ou au Vatican, il faut se rendre à l’évidence que ces mots gravés tout autour du calvaire appartiennent à Charles Ie de Bourbon, Roi de la Ligue, et au pape Sixte V.
La maxime, "Christus AOMPS defendit", où nombre d’exégètes Rennais ont voulu voir une empreinte ésotérique galvaudée depuis des lustres, pourra être retrouvée sur l’obélisque de Sixte Quint, érigé sur la place Saint-Pierre de Rome. La devise, qui est la sienne, «Christus AB OMNI MALO PLEBEM SUAM Defendit», signifie "Que le Christ protège son peuple de tout mal" [7]. Elle complète en tout point la sentence du calvaire de Rennes-le-Château, précédemment expliquée; CHRISTUS REGNAT, CHRISTUS VINCIT, CHRISTUS IMPERAT est également gravé sur la base de l’obélisque [8]. Les monnaies de Charles de Bourbon datant de 1593, conservées à la Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon, portaient aussi cette inscription. Le texte exact de l’obélisque de Rome est : "Christus AB OMNI MALO PLEBEM SUAM Defendat", Le Christ protège son peuple de tout mal.
Abri sous roche dans le secteur du mont Bugarach.
La démonstration, par un Sceau de Salomon et un Axe majeur, que nous avons faite dans "Mémoires des deux cités", T.II est révélatrice d’une situation bien différente de celle colportée depuis plus de 50 ans. Partis de cette combinaison géographique sacrée parfaite, nous avons ainsi retrouvé un abri sous roche semblable à une spoulga (grotte église) cathare proche du mont Bugarach.
Tous les arguments apportés par le Prieuré depuis sa fondation officielle en 1956 pour accréditer son antiquité tombent les uns après les autres. Les derniers documents en lice sont les parchemins soi-disant retrouvés par Bérenger Saunière. Presque tout a été dit sur leur véritable source, le Codex Bezae Cantabrigiensis. Nous ne reviendrons pas là-dessus.
Le célèbre mage de Salon de Provence, lui aussi, a eu le droit d’être élevé au rang de Grand Maître. En effet, les mordus du Prieuré de Sion ont voulu faire de Nostradamus un de leurs agents. Certains historiens l’ont soupçonné d’être un agent secret au service des Maisons de Guise et de Lorraine [9]. Il serait plus certain d’affirmer son appartenance à l’Ordre occulté des Fidèles d’Amour ou Société Angélique. Le Prieuré de Sion ne fut qu’un de ses faire-valoir moderne, illégitime.
On s’aperçoit en fait que chaque évènement rapporté, chaque document produit est authentique mais a été détourné à des fins malfaisantes pour servir les desseins d’autres Sociétés Sécrètes qui, celles-là, sont bien réelles et manipulent l’opinion publique à leur guise.
Faisons rapidement le bilan des évènements et documents authentiques corrompus, connus à l’heure actuelle :
Les deux chartes de l’Ordre de Sion.
La coupure de l’Orme de Gisors.
La citation « Christus AOMPS Defendit » et le reste.
Les deux parchemins de Bérenger Saunière écrits par Henri Boudet.
Extrait de l’almanach Hachette 1901 - Voir La bibliothèque de Bérenger Saunière.
Le 17 Janvier qui n’était pas la fête de St Sulpice à l’époque de B. Saunière.
Il est à noter à propos de St Sulpice que la date du 17 janvier, fréquemment mise en avant dans cette histoire, ne peut être retenue. A l’époque de Bérenger Saunière, St Sulpice était fêté le 19 janvier. Seuls St Antoine Ermite, St Genou et Ste Léonie étaient honorés le 17 janvier. Ces trois derniers saints sont du plus grand intérêt. Même Ste Roseline, décédée le 17 janvier 1329, n’était pas dans le calendrier à cette date. Beaucoup d’exégètes rhedaesiens ont voulu voir en elle le symbole de la Rosslyn Chapel édifiée par les Templiers en Ecosse, la Rose Ligne ou Ligne Rouge du méridien de Paris en l’associant au Gnomon astronomique situé dans l’église de Saint-Sulpice. Or, d’une part, le méridien de Paris ne passe absolument pas dans cette église et, d’autre part, le gnomon, prétendu rouge, puisque quelques-uns le disent en cuivre, est en réalité jaune puisqu’il est en laiton. Roseline de Villeneuve n’ayant pas de relation directe avec Saint Sulpice, la chapelle écossaise Roseline peut aussi être effacée d’un scénario "Saint Graal" aux relents maçonniques états-uniens. On ne franchit pas la ligne jaune impunément.
Dans notre prochain livre à paraître à la mi-mai, "ARCANA CODEX - Livre II - Du Da Vinci Code au Codex Bezae", nous apporterons la preuve qu’un autre document relatif à l’affaire de Rennes-le-Château, "Pierres gravées du Languedoc" d’Eugène Stüblein est encore un de ces vrais/faux documents utilisés à des fins mercantiles pour les uns et politiques pour les autres. Nous aussi nous avons nos sources !
Les maîtres du jeu :
Extrait de "Rose+Croix", organe trimestriel, J. Péladan, 1893.
Mais qui sont vraiment ceux qui d’une main invisible dirigent cette affaire ? Dans leur bienveillance à légitimer le Prieuré de Sion, les auteurs de "L’Enigme Sacrée" listent 27 Grands Maîtres du Prieuré de Sion mais n’en nomment que 26. Il y a là des contradictions majeures. Malgré une base historique concevable, il n’en reste pas moins une farce plantardesque du pathétique Prieuré de Sion et de Nostradamus, son Grand Maître manquant. Plantard aura été manipulé, peut-être à son insu [10], pour défendre la cause d’une secte lobbyiste anglo-américaine [11] fascisante et justifier l’antiquité d’un Prieuré de Sion, suivant Alpha Galates, en remaniant, falsifiant ou fabriquant de manière illicite des documents véritables émanant de sociétés secrètes bien réelles [12], parchemins et autres.
Beaucoup de sectes et sociétés occultes ont changé de noms et de formes au fil des siècles mais continuent de se ressembler sur le fond. Les liaisons filiales se seraient poursuivies depuis l’antiquité au travers des guildes de compagnonnage, de l’ordre des Fidèles d’Amour d’Occident, de l’Ordre Rose+Croix, des jansénistes, des loges maçonniques européennes, de la Société Angélique. J’en oublie certainement. Les noms changent mais les rites restent les mêmes, comme nous le verrons plus en détail très bientôt
Des rangs de la Société Angélique naquit la Franc-Maçonnerie organisée en 1717. La dérive révolutionnaire de la fin du XVIIIème siècle divisa l’obédience en la scindant en deux courants de pensées distinctes, l’un positif et l’autre négatif : les Supérieurs Inconnus et les Illuminati. Ainsi naquit la force la plus obscure, l’ordre des Illuminés de Bavière (Illminatis Germanae) fondé il y a exactement 230 ans (1er mai 1776), à l’origine de la Révolution française de 1789, d’où naîtra le Club des Cordeliers en 1790, uni au club des Jacobins. La secte bavaroise engendra plus tard le marxisme. Elle essaima non seulement dans toute l’Europe au travers de la Société Fabienne mais aussi au Etats-Unis pour donner naissance vers 1833 à l’ordre noir Skull & Bones [13] et son capitalisme : une fraternité de la mort. Nous voilà dans les pires oppositions... ou inversions. Tout le système était noyauté dès la fin du XIXème siècle.
"Arcana Codex Livre II - Du Da Vinci Code au Codex Bezae"
Les traces de ces deux dernières sociétés secrètes sont visibles à Rennes-le-Château dans l’église et dans son jardin. Dans l’église, vous verrez l’empreinte de S&B au-dessus du bénitier, sous les anges de la Société Angélique; la signature B S inversée, devenue une habitude dans cette affaire, démasque les Skull & Bones.
Nous avons de bonnes raisons de croire que le Prieuré de Sion est une invention moderne, une couverture [14], à dessein politique pour la secte universitaire Yale (Connecticut, USA). On retrouve les plans et organisations similaires dans le domaine de l’ufologie. Plusieurs années de recherche dans ce domaine nous ont convaincus que l’étude des OVNI avait été falsifiée par des individus obscurs oeuvrant dans l’ombre des Société Secrètes. C’est ce qui nous fait dire aujourd’hui que le Prieuré de Sion est à Rennes-le-Château ce que le MJ12 (ou Majestic 12) est à l’ufologie, c'est-à-dire une fumisterie gouvernementale dont l’intention véritable est la déstabilisation des peuples pour mieux les contrôler.
A l’heure où nous achevons "Arcana Codex Livre II", une multitude d’informations nous parvient encore confirmant la viabilité de notre étude. Il y a encore beaucoup de travail pour démystifier le corpus de l’affaire de Rennes-le-Château, énigme authentique pervertie depuis un demi-siècle.
© Thierry Garnier – 1er Mai 2006, Toutes reproductions totales ou partielles interdites sans autorisation de l'auteur. www.lemercuredegaillon.net
Lire l'historique du Prieuré de Sion !
Un forum y est consacré.
[1] "Dossiers Lobineau".
[2] "La chronique de Rains", publiée sur le manuscrit de la bibliothèque unique du Roi, éd. Louis, 1837, p.63 et suivantes.
[3] "Les Templiers sont parmi nous", Gérard de Sède, éd. Julliard, 1962.
[4] "Le message, l'énigme sacré" II vol, Baigent, Leigh, Lincoln, éd. France Loisirs, 1988, p.190.
[5] Note d'observation sur les forums de discussions Internet.
[6] Op. Cit. Gérard de Sède, p.198. La vérité historique est ici parfaitement restituée.
[7] "Rennes-le-Château : le dossier, les impostures.", G. de Sède, éd. Robert Laffont, p.149.
[8] "Les papes et la papauté d'après la prophétie des Papes de Saint-Malachie", par l'abbé J. Maitre, p.357.
[9] "L'énigme sacrée", p.157.
[10] Dans une lettre en date du 11 Juillet 1984 écrite à Cahors dans laquelle il remet sa démission de Grand Maître du prieuré de Sion, il dénonce les manouvres de ses frères anglais et américains.
[11] Voir "Les liens de sang des Illuminati" (Bloodlines of the Illuminati) de Fritz Springmeier. L'auteur donne une origine mérovingienne à de nombreux présidents américains, dont les deux derniers, Clinton et Bush, membres de la secte Skull & Bones (les crânes et les os) de l'université d'Yale. Ces affirmations généalogiques, de plus en plus relayées dans les médias, supposent un droit au trône de France pour des présidents US. En s'appuyant sur le Dossier Lobineau (Lobby now ou no lobby ?!), ils ont simplement utilisé Plantard pour le démontrer.
[12] La charte de 1152 attestant la donation par le Roi Louis VII, l'ordre de Sion de l'abbaye de Saint-Sanson à Orléans et une charte du Pape Alexandre III confirmant les possessions de l'ordre de Sion en Palestine, Sicile, France, Espagne, Calabre et Lombardie, "Le message, l'énigme sacrée" II vol, éd Pygmalion, 1987, documents hors-texte n°31 et 32.
[13] Leur secte d'origine était la fraternité paramaçonnique Phy Beta Kappa fondée le 4 décembre 1776 à Williamsburg en Virginie.
[14] Cfr 4ème Reich, dossier O.T.S.