Le Roi Dagobert
Histoire d'une famille et d'une chanson
par Roger-René Dagobert
Roger-René Dagobert, président fondateur du Cercle Général Dagobert, offre gracieusement son livre "Le Roi Dagobert. Histoire d'une famille et d'une chanson" aux internautes. Il est en téléchargement ou en lecture.
Première partie : "Le Roi "Sans-Culotte"
Deuxième partie : "Les Rois-Perdus"
Troisième partie : "Le Roi-Revenant"
Tout le livre !
Extrait de l'avant-propos :
"... s'il est toujours là, le "bon roi" de la chanson, c'est tout simplement parce qu'une famille française, et une seule, a voulu perpétuer son souvenir, plus précisément le souvenir de la dynastie des Mérovingiens en prenant comme patronyme le nom de baptême, nom symbole du plus connu des rois de la première race, le plus célèbre aussi : DAGOBERT PREMIER.
Le Général Dagobert à Puycerda en 1794 (© Dagobert)
Mais si cette famille a volontairement voulu conserver le souvenir du roi Dagobert dans l'espoir hypothétique du retour des Mérovingiens, elle a, à plusieurs reprises au cours des siècles qui suivirent l'avènement des Carolingiens, provoqué des phénomènes de rejet de la part des tenants du pouvoir qu'il soit royal ou religieux et même militaire ou civil.
Ce rejet s'est manifesté plus particulièrement au cours des Guerres de Religions, au XVIe siècle, à la suite d'un curieux concours de circonstances. Le nom de cette famille, de petite noblesse, fut considéré comme subversif, suspect, voire inquiétant aussi bien par le Valois que par les Guises et les Bourbons. Il importait donc de neutraliser les ambitions supposées de ces hobereaux normands, les réduire à néant comme avait été fait néant leur ancêtre Childéric III dont ils prétendaient descendre par Thierry, son fils, enfermé au monastère de Fontenelle.
C'est bien le premier couplet de la chanson du roi Dagobert, créé pour la circonstance qui servit d'instrument principal de répression, sans effusion de sang, ni même arrestation : le ridicule tuait plus sûrement que l'arquebuse ou la hache du bourreau !
Dès lors, en venant à bout aussi facilement des ambitions politiques d'un gentilhomme campagnard, la chanson du roi Dagobert a pris le pas sur la vérité historique et même sur la légende des rois fainéants et, parce que c'était un nom symbole, Dagobert, "le seul souverain dont on puisse prononcer le nom avec honneur" selon le duc de Castries, est resté à tout jamais dans la mémoire collective avec une réputation de roi bouffon.
Après la mort de Dagobert , ajoute le duc de Castries, les Mérovingiens retournèrent au chaos.
Nous verrons que le chaos est venu bien après la mort de Dagobert et que les véritables responsables de cette anarchie, de cet obscurantisme qui fit du Moyen-Age une époque difficile à vivre, les véritables responsables furent les Carolingiens et l'Eglise catholique romaine.
Quant à prononcer le nom de Dagobert avec honneur, les chroniqueurs carolingiens et leurs successeurs ne s'y sont guère employés.
Voici ce qu'écrivait au XVIIe siècle, dans l'Histoire de Bretagne, Dom Gui Alexandre Loberneau à propos du roi Dagobert : La (mauvaise) réputation du roi Dagobert était telle que son contemporain Judicaël, roi de Bretagne, refusa une invitation à dîner de Dagobert, bien qu'il fit préparer un magnifique repas, fort content de la satisfaction que Judicaël lui avait faite, aussi bien par les présents qu'il avoit reçu. Le prince breton savoit, et la conduite déréglée de Dagobert et ce que Saint-Paul a dit : Si quelqu'un est reconnu fornicateur, on ne doit même pas manger avec lui.
Alfonso de Bourbon (© Dagobert)
Un autre chroniqueur avait écrit aussi, bien après la mort du malheureux prince, qui décidément n'en finissait pas de hanter les esprits :
Adonné outre mesure à la débauche, il avoit comme Salomon (référence au célèbre roi d'Israël) trois reines et une multitude de concubines. Ses reines étaient Nanthilde, Vulfégonde et Berchilde. Je m'ennuierais, poursuit le moine-copiste, d'insérer dans ce récit les noms de ses concubines tant elles étaient en grand nombre. Son cour devint corrompu et sa pensée s'éloigna de Dieu ; cependant par la suite, et plut à Dieu qu'il eût pu mériter par là les récompenses éternelles, il distribua des aumônes aux pauvres avec une grande largesse, et, s'il n'eût pas détruit le mérite de ses ouvres par son excessive cupidité, il aurait mérité le royaume des cieux. [...]
Il en est de même pour la grande famille des Mérovingiens au regard de l'Histoire par rapport aux grandes familles qui se succédèrent sur le trône de France.
On parlera de la barbarie, du chaos, de la débauche des rois de la première race, mais de la renaissance carolingienne et des rois qui ont fait la France pour les Capétiens qu'ils soient directs, Valois ou Bourbons. Et pourtant ! Que de crimes peuvent leur être attribués pour le plus grand malheur du peuple français ! Et puis, c'est oublier que ceux qui ont vraiment fait la France en lui donnant le nom de leur peuple, les Francs, ce sont bel et bien les Mérovingiens dont aucun n'a démérité devant le Tribunal de l'Histoire.
D'ailleurs, Eginhard lui-même, biographe officiel de Charlemagne avait eu conscience de l'illégitimité du descendant de Pépin le Bref qui avait usurpé le trône puisqu'il se crut obligé de justifier ce coup d'état dans un texte demeuré célèbre :
La race mérovingienne, depuis longtemps, n'avait plus ni vigueur, ni autorité, rien d'autre que le vain titre de roi. Les ressources du royaume et tout le pouvoir étaient entre les mains des préfets du palais. Il ne restait au roi que le vain simulacre du pouvoir. Pourvu d'une chevelure abondante, la barbe longue, il prenait place sur le trône et figurait le souverain. Il écoutait les ambassadeurs venus de toutes parts, leur faisait les réponses qu'on lui avaient dictées. Outre l'inutile dénomination de roi et l'argent que le préfet du palais lui remettait selon son bon plaisir ; il ne possédait en propre qu'une seule villa, et encore d'un faible revenu : il y vivait avec ses domestiques peu nombreux qui lui rendaient les services nécessaires. Quand il lui fallait se déplacer, il montait dans un char tiré par des boufs et conduit par un bouvier, à la manière paysanne.
Ainsi se rendait-il au palais et à l'assemblée du pays qui était convoquée chaque année pour les affaires du royaume ; ainsi regagnait-il sa demeure. Mais toute l'administration du royaume, toutes les affaires, tant intérieures qu'extérieures étaient gérées par le préfet du palais.
C'est à la suite de ce récit qu'a pris naissance la légende des "rois fainéants", rois inutiles qu'il fallait donc faire disparaître alors que ce système de monarchie n'était autre qu'une royauté constitutionnelle..." (Roger-René Dagobert)
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