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La Gazette de Rennes-le-Château ©

Jules Bois reporter et occultiste
Interview de Thierry Emmanuel Garnier

 

  Thierry Emmanuel Garnier est directeur des éditions ARQA et rédacteur en chef du Webzine «La Lettre de Thot», webzine mensuel gratuit sur http://thot-arqa.com, magazine consacré à l’écriture sous toutes ses formes (Graphos) et à la tradition hermétique (Arcadia).

Il a publié en mai un ouvrage sur Jules Bois, de DOMINIQUE DUBOIS - "Jules Bois (1888 - 1943)", Le reporter de l’Occultisme, le poète et le féministe de la Belle Epoque". Et il vient de faire une conférence sur Jules Bois à la société Théosophique de Marseille, le 19 mai dernier.

Nous l’avons interrogé sur ce sujet.

 

  Gazette de Rennes-le-Château : C’est la première biographie consacrée à ce personnage de la Belle Epoque qu’est Jules Bois, pour quelles raisons?

 

Portrait de Jules Bois à l’âge de trente ans environ, document inédit. Photo arcadia ©

 

  Thierry Emmanuel Garnier : En tant que chercheur passionné depuis de très nombreuses années par le mystère de Rennes-le-Château, je me suis beaucoup intéressé, entre autres, à deux personnalités gravitant autour de cette énigme. Je veux parler d’Emma Calvé et de Jules Bois. Ces deux personnalités sont intimement liées, on pourrait même dire pour une certaine période de leurs vies respectives, inséparables. Pour ma part, toutes mes recherches, les documents d’archives consultés, ainsi que l’appui généreux de personnalités au fait de ce mystère depuis bien des années, me conduisent à affirmer avec la plus grande des certitudes que ces deux amis des arts et des lettres de cette époque, connaissaient parfaitement bien le mystère de Rennes-le-Château.

  C’est pour moi une évidence. J’ai déjà précisé dans deux articles publiés en 2003 sur le site de THOT ("La Lettre de Thot" Nos 7 et 8), avec des documents de première main à l’appui, puisqu’on y trouve la signature des deux amants, côte à côte, qu’Emma Calvé et Jules Bois se connaissaient intimement. Jules Bois est un personnage d’exception que l’on peut étudier favorablement pour mieux comprendre cette période charnière de l’occultisme de la Belle Epoque, et par la même le mystère de Rennes. Le livre de Dominique Dubois nous y invite. Il nous faut en réalité pour avancer dans cette voie, avoir une vision holistique, des arts et des lettres, surtout, mais aussi des sociétés initiatiques et secrètes de cette époque, du milieu politique aussi, quand on sait que Jules Bois (ami intime de Maurice Leblanc), était un proche de Raymond Poincaré, Président de la République Française d’alors, élu le 17 janvier 1913, cela laisse rêveur.

  Et il ne s’agit pas d’une coïncidence, vous pouvez me croire. Reste à percevoir et à bien comprendre, en dernier lieu, l’interpénétration des différentes monarchies européennes, avec les sociétés secrètes de la Belle Epoque et surtout le milieu de la finance. C’est là que tout se noue. Relisons Saint-Yves d'Alveydre, relisons le Pacte Synarchique de Geoffroy de Charnay publié aux éditions de Médicis en 1946 et vous aurez accès à la majeure partie du mystère de Rennes, tout au moins pour sa compréhension structurée dans le visible. Mais qui lit cela de nos jours ? Quant à Jules Bois, la difficile biographie entreprise par Dominique Dubois vient du manque de source qui ne permettait pas jusqu’à aujourd’hui de la réaliser. Pourtant, au final, nous avons exhumé, Bruno Fouquet, Jean-Christophe Faure de la Librairie le Grand Chêne qui a réalisé la post-face, et moi-même qui ai réalisé la préface, de très nombreux documents inédits et j’ai pu procurer à Dominique Dubois, pour cette biographie une partie des archives Arcadia concernant Jules Bois, soit plus d’une centaine de lettres inédites, de photographies, de revues, etc., jamais publiées à ce jour.

  Ajoutons à cela qu’ont été exploités les documents les plus intéressants, concernant le fonds Jules Bois détenu à l’Université de Georgetown aux USA. Il faut également bien comprendre que Jules Bois avait un goût immodéré pour le secret, il était aussi agent secret, ne l’oublions pas, pour le gouvernement français, en mission à l’étranger et peut-être même un agent double, à la solde de l’Allemagne !

  A l’évidence, son appartenance à certaines sociétés secrètes telle que le Prieuré de Sion, je peux l’affirmer aujourd’hui, entre autres, ne permet pas des investigations très poussées, dirons-nous, quant à la bonne manière de cerner ce personnage tout en clair obscur, je dirais même, plus obscur que clair. Ceci expliquant cela.

 

  Gazette de RLC : Votre conférence porte le titre «Jules Bois et les sociétés secrètes à la Belle Epoque». Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

  T. E. Garnier : En réalité, il s’agirait plutôt de dissocier, comme je l’ai fait dans ma conférence, ce que l’on appelle communément les sociétés initiatiques -traditionnelles-, Martinisme, Franc-Maçonnerie, mouvements Rosicruciens, etc., des sociétés réellement secrètes, dans lesquelles nous retrouvons bien souvent les hauts dignitaires des premières nommées, et dont il est difficile d’identifier authentiquement, les historiques, les rituels, les différents grades, etc., et ce pour des raisons bien compréhensibles… A quelle fin ce sens du secret me direz-vous? En la matière j’aime bien jouer sur les mots … car, évidemment, ce sens du secret est surtout et avant toute chose, la préservation du sens du sacré. Dans cette acception véritable l’un comme l’autre prennent tout leur relief; d’ailleurs, je préfère plutôt, parfois, parler à ce sujet de Numineux au sens où l’entendait Rudolf Otto, c’est-à-dire, de la possession d’une vision originale et originaire permettant d’acquérir une transcendance, une sorte de réalité au-delà du visible, qui comme le signale Pierre Mariel dans son "Rituel des Sociétés Secrètes", est à la fois terrifiante et fascinante. C’est dans le livre de Rudolf Otto "Le Sacré" publié en 1917, qu’apparaît pour la première fois ce terme, au sens d’expérience personnelle et souveraine de la Mystique. Carl G. Jung reprendra à son compte cette notion du Numineux qu’il inclura par la suite dans sa définition du monde des archétypes. Il va de soi que je rattache bien entendu certaines sociétés secrètes à cette vision propre de la Mystique transcendantale dans sa voie occidentale. Le fait que Jules Bois, pour ne donner qu’un exemple ait consacré un ouvrage, non paru à ce jour, sur la "Psychologie des Saints" peut être un élément favorable de réflexion pour la bonne compréhension de ce propos.

 

  Gazette de RLC : Quelle collusion faites-vous entre ce personnage, Jules Bois, et le mystère de Rennes-le-Château?

 

Portrait en buste d’Emma Calvé, document inédit jamais publié. Photo arcadia ©

 

  T. E. Garnier : Il n’y a pas une, mais plusieurs connexions réelles. Emma Calvé, je l’ai déjà dit, appartenait comme Jules Bois au Prieuré de Sion, et l’on connaît les rapports intimes qu’entretenait la cantatrice avec le curé de Rennes. Il y a d’autres pistes intéressantes à suivre, dans un livre à paraître prochainement aux éditions Arqa, nous donnerons d’autres éléments importants concernant l’ésotérisme de Frédéric Mistral et des Félibres. Jules Bois était le représentant des Félibres à Paris, ne l’oublions pas, cette piste-là est essentielle et toujours pas exploitée par aucun chercheur à ce jour. C’est la piste occitane, celle du catharisme et du Graal qui est véritablement un socle pour avoir les idées claires dans le cadre de l’affaire qui nous préoccupe. Ceci dit, d’autres sentiers méritent d’être découverts et je m’y emploie dans le cadre de la politique éditoriale de notre maison d’édition. L’histoire du Martinisme ainsi que celle de certaines sociétés rosicruciennes du début du siècle se recoupent aussi à cet endroit, ce qui n’est pas banal… D’où, d’ailleurs, certaines réactions épidermiques qui étaient bien prévisibles.

 

  Gazette de RLC : Les férus de l'affaire de RLC connaissent le Diplôme d'Honneur délivré à Papus et sur lequel figure la signature de la cantatrice Emma Calvé suivi de "S.I.".  Quel rôle a-t-elle joué dans les milieux ésotériques de cette époque?  Avez-vous des informations sur une éventuelle rencontre entre Emma Calvé et l'abbé Bérenger Saunière ?

  T. E. Garnier : Dominique Dubois indique bien dans son ouvrage qu’Emma Calvé comme Jules Bois faisaient, je pourrais dire -entre autres- partie de cette société initiatique, qu’est le Martinisme. Il existe également des échanges de correspondance entre Emma Calvé et Joséphin Péladan. Or, quand on connaît l’importance de la filiation des Péladan, via la Rose+Croix de Toulouse, cela commence à faire beaucoup d’indices intéressants, pour le moins. En outre, si l’on tient compte de ce que j’ai pu dire plus haut sur leur appartenance au cercle extérieur du Prieuré de Sion, aux Félibres, ainsi que les différentes affiliations de Jules Bois à la Golden Dawn, à la Fraternité de l’Etoile, à l’Amorc très certainement dans sa filiation primitive, etc., de leurs différents voyages à l’étranger pour tous les deux, manifestement cela devient un faisceau suffisamment convaincant pour affirmer qu’ils étaient bien concernés par le milieu ésotérique de la Belle Epoque et, au-delà, par le mystère audois.

  En ce qui concerne l’abbé Saunière et Emma Calvé, si certains attendent d’avoir des photographies de la chambre nuptiale… pour se convaincre qu’il y a bien eu une relation amoureuse entre eux, alors il vaut mieux arrêter tout de suite la polémique. Chacun est libre de se forger une opinion en fonction, non pas de ce qui est ou a été intrinsèquement, non pas en fonction de ce qu’on lui dit ou qu’il lit, peu importe. En réalité, la seule vérité est dans ce que l’on croit. Et au-delà de la croyance réside la pensée, qui est vérité. Comme le dit un auteur anonyme, "croire c’est bien, penser c’est mieux".  Je n’ai rien à prouver pour ma part, j’apporte seulement un souffle nouveau, enfin, de l’eau au moulin, des pierres à l’édifice et, ce, selon une compréhension personnelle que je suis prêt à partager avec le plus grand nombre.

 

  Gazette de RLC : Justement, vous sortez actuellement un ouvrage sur le Dieu Seth, publié en 1907, écrit par un érudit languedocien, Hyppolite Boussac, et vous signalez un rapport avec Rennes-le-Château. Quel est-il exactement ?

 

Arqa Ed. 2004©

 

  T. E. Garnier : Ce livre n’est pas sur Rennes, seulement sur le Dieu Seth. Je souligne curieusement que Seth s’écrivait selon les égyptologues des XVIIIe et XIXe siècles, SET, exactement comme il est écrit sur la tombe de madame de Blanchefort !

  Je souligne encore que certains chercheurs ont déjà fait le rapprochement à ce propos, mais pas sur l’orthographe précisément, entre l’inscription sur la pierre tombale et le dieu égyptien, mais l’intérêt le plus flagrant vient surtout de ce que l’un des meilleurs spécialistes de Rennes-le-Château, Jean Robin, a déjà écrit un livre, comme par hasard, sur le Dieu Seth, et sur Rennes, "Le Royaume du Graal"; or, nouveau hasard, son ouvrage, "Seth, le dieu maudit", possède un dernier chapitre sur Rennes-le-Château intitulé "Et sur cette pierre…". On notera donc les trois points de suspension indiqués par Jean Robin. Ce chapitre est à relire, on ne peut être plus clair.

  Cet ouvrage d’Hippolyte Boussac, égyptologue et érudit, possédant des ancêtres francs-maçons en terre occitane, n’a qu’un seul intérêt, apporter une nouvelle pierre à l’édifice…

 

  Gazette de RLC : Le fameux livre de Patrick Ferté, "Arsène Lupin Supérieur Inconnu - La clé de l'oeuvre codée de Maurice Leblanc", a mis en lumière les liens entre l'oeuvre de Maurice Leblanc et Rennes-le-Château.  Avez-vous relevé des indices de l’appartenance de Maurice Leblanc à une obédience quelconque ou sur ses sources d'information?

  T. E. Garnier : Je n’ai pas d’information particulière sur Maurice Leblanc. La meilleure étude sur cet auteur, dans le contexte audois, a été réalisée par Patrick Ferté, c’est certain. Il y signale l’appartenance de Jules Bois et de Maurice Leblanc à la Société des Gens de Lettres, dont ils étaient tous deux secrétaires ! Elus ensemble le même jour, ce n’est pas rien, le 25 mars 1907. Ils s’estimaient particulièrement et Jules Bois n’a que louanges dans ses chroniques pour Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Cependant, peut-on imaginer un seul instant que l’écrivain journaliste Jules Bois qui côtoyait son ami écrivain Maurice Leblanc tous les 15 jours à la Société des Gens de Lettres, n’ait percé à jour l’œuvre cryptée de l’érudit normand ! Il faudrait être particulièrement de mauvaise foi pour ne pas comprendre que les deux amis étaient aussi des comparses !

 

         

Archives Arcadia©

 

  Toutefois puisque vous me posez cette question à propos de Maurice Leblanc, je voudrais rajouter quelque chose qui devrait vous intéresser. Il faut également se souvenir que Georgette Leblanc, sœur de Maurice Leblanc, était une amie intime, peut-être même très intime d’Emma Calvé, cela a été parfois sous-entendu par certains chercheurs. Il faut savoir, et ce fait n’a jamais été révélé par aucun d’eux, que Georgette Leblanc est l’auteur d’un ouvrage intitulé "le Choix de la Vie" publié en 1904 chez Eugène Fasquelle éditeur, le même éditeur pour cette année-là, que celui de Jules Bois! Or, celui-ci, notons-le, publie en 1904 chez Fasquelle donc, "Hyppolite couronné, Drame antique en quatre actes". Autant dire que ce beau monde se connaît et se côtoie très largement. Qu’est le "Choix de la Vie"? L’ouvrage de Georgette Leblanc est un hymne aux amours saphiques entre deux femmes, la narratrice et une certaine Rose. Souvenons-nous alors que le second prénom d’Emma Calvé était Rosa, et qu’Emma Calvé est Sapho, femme aux mœurs pour le moins légères dans l’Opéra de Massenet, d’après le roman d’Alphonse Daudet, et voilà de nouveau la piste occitane. Les sous-entendus érotico-ésotériques ou ésotérico-érotiques, comme vous voudrez, prennent ainsi un tout autre relief… Pour finir, signalons au passage que dans le roman de Georgette Leblanc, Rose, l’égérie de la narratrice est le diminutif de Roseline, ainsi également appelée tout au long de l’histoire! A croire que le roman à clef est une spécialité dans la famille Leblanc… Une dernière chose encore, l’ouvrage que nous possédons de Georgette Leblanc est signé de sa main et est dédicacé à Mounet Sully, célèbre acteur français sorti du conservatoire en 1868 qui interpréta tous les grands rôles du répertoire classique et romantique. Ce nom ne nous est pas inconnu, puisqu’il est un des très rares hommes cités avec amitié par Emma Calvé dans ses mémoires. Comme on le voit encore, tout le monde se connaît -intimement-!

5 juillet 2004, Johan©

La rédaction remercie Thierry Emmanuel Garnier pour la qualité de ses réponses, les informations précieuses et les photos inédites!  Sa maison d'édition réalise également des travaux calligraphiques, des cartes postales et des posters!