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L'actualité de Rennes-le-Château dévoilée |
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_______________________ Newsletter
La Gazette de Rennes-le-Château © |
Thierry Emmanuel Garnier est directeur des éditions ARQA et
rédacteur en chef du Webzine «La Lettre de Thot», webzine mensuel gratuit sur http://thot-arqa.com, magazine consacré à
l’écriture sous toutes ses formes (Graphos) et à la tradition hermétique (Arcadia).
Il a publié en mai un ouvrage sur Jules Bois, de
DOMINIQUE DUBOIS - "JULES BOIS (1868 - 1943), Le reporter de l’Occultisme, le
poète et le féministe de la Belle Epoque". Et il vient de faire une conférence
sur Jules Bois à la société Théosophique de Marseille, le 19 mai dernier. Nous l’avons interrogé sur ce sujet.
Gazette
de Rennes-le-Château : C’est la première biographie consacrée à ce personnage de
la Belle Epoque qu’est Jules Bois, pour quelles raisons?
Portrait de Jules Bois à l’âge de trente ans environ, document inédit. Photo arcadia ©
Thierry
Emmanuel Garnier : En tant que chercheur passionné depuis de très nombreuses
années par le mystère de Rennes-le-Château, je me suis beaucoup intéressé,
entre autres, à deux personnalités gravitant autour de cette énigme. Je veux
parler d’Emma Calvé et de Jules Bois. Ces deux personnalités sont intimement
liées, on pourrait même dire pour une certaine période de leurs vies
respectives, inséparables. Pour ma part, toutes mes recherches, les documents
d’archives consultés, ainsi que l’appui généreux de personnalités au fait de ce
mystère depuis bien des années, me conduisent à affirmer avec la plus grande
des certitudes que ces deux amis des arts et des lettres de cette époque,
connaissaient parfaitement bien le mystère de Rennes-le-Château. C’est pour moi une évidence. J’ai déjà précisé dans deux
articles publiés en 2003 sur le site de THOT ("La Lettre de Thot" Nos 7 et 8), avec des
documents de première main à l’appui, puisqu’on y trouve la signature des deux
amants, côte à côte, qu’Emma Calvé et Jules Bois se connaissaient
intimement. Jules Bois est un personnage d’exception que l’on peut étudier
favorablement pour mieux comprendre cette période charnière de l’occultisme de
la Belle Epoque, et par la même le mystère de Rennes. Le livre de Dominique
Dubois nous y invite. Il nous faut en réalité pour avancer dans cette voie,
avoir une vision holistique, des arts et des lettres, surtout, mais aussi des
sociétés initiatiques et secrètes de cette époque, du milieu politique aussi,
quand on sait que Jules Bois (ami intime de Maurice Leblanc), était
un proche de Raymond Poincaré, Président de la République Française d’alors,
élu le 17 janvier 1913, cela laisse rêveur. Et il ne
s’agit pas d’une coïncidence, vous pouvez me croire. Reste à percevoir et à
bien comprendre, en dernier lieu, l’interpénétration des différentes monarchies
européennes, avec les sociétés secrètes de la Belle Epoque et surtout le milieu
de la finance. C’est là que tout se noue. Relisons Saint-Yves d'Alveydre,
relisons le Pacte Synarchique de Geoffroy de Charnay publié aux éditions de
Médicis en 1946 et vous aurez accès à la majeure partie du mystère de Rennes,
tout au moins pour sa compréhension structurée dans le visible. Mais qui lit
cela de nos jours ? Quant à Jules Bois, la difficile biographie entreprise
par Dominique Dubois vient du manque de source qui ne permettait pas jusqu’à
aujourd’hui de la réaliser. Pourtant, au final, nous avons exhumé, Bruno
Fouquet, Jean-Christophe Faure de la Librairie le Grand Chêne qui a réalisé la
post-face, et moi-même qui ai réalisé la préface, de très
nombreux documents inédits et j’ai pu procurer à Dominique Dubois, pour cette
biographie une partie des archives Arcadia concernant Jules Bois, soit plus
d’une centaine de lettres inédites, de photographies, de revues, etc., jamais
publiées à ce jour. Ajoutons
à cela qu’ont été exploités les documents les plus intéressants, concernant le
fonds Jules Bois détenu à l’Université de Georgetown aux USA. Il faut également
bien comprendre que Jules Bois avait un goût immodéré pour le secret, il était
aussi agent secret, ne l’oublions pas, pour le gouvernement français, en
mission à l’étranger et peut-être même un agent double, à la solde de
l’Allemagne ! A
l’évidence, son appartenance à certaines sociétés secrètes telle que le Prieuré
de Sion, je peux l’affirmer aujourd’hui, entre autres, ne permet pas des
investigations très poussées, dirons-nous, quant à la bonne manière de cerner
ce personnage tout en clair obscur, je dirais même, plus obscur que clair. Ceci
expliquant cela.
Gazette de
RLC : Votre conférence porte le titre «Jules Bois et les sociétés
secrètes à la Belle Epoque». Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ? T.
E. Garnier : En réalité, il s’agirait plutôt de dissocier, comme je l’ai
fait dans ma conférence, ce que l’on appelle communément les sociétés
initiatiques -traditionnelles-, Martinisme, Franc-Maçonnerie, mouvements
Rosicruciens, etc., des sociétés réellement secrètes, dans lesquelles nous
retrouvons bien souvent les hauts dignitaires des premières nommées, et dont il
est difficile d’identifier authentiquement, les historiques, les rituels, les
différents grades, etc., et ce pour des raisons bien compréhensibles… A quelle
fin ce sens du secret me direz-vous? En la matière j’aime bien jouer sur
les mots … car, évidemment, ce sens du secret est surtout et avant toute chose,
la préservation du sens du sacré. Dans cette acception véritable l’un comme
l’autre prennent tout leur relief; d’ailleurs, je préfère plutôt, parfois,
parler à ce sujet de Numineux au sens où l’entendait Rudolf Otto, c’est-à-dire,
de la possession d’une vision originale et originaire permettant d’acquérir une
transcendance, une sorte de réalité au-delà du visible, qui comme le signale
Pierre Mariel dans son "Rituel des Sociétés Secrètes", est à la fois terrifiante
et fascinante. C’est dans le livre de Rudolf Otto "Le Sacré" publié
en 1917, qu’apparaît pour la première fois ce terme, au sens d’expérience
personnelle et souveraine de la Mystique. Carl G. Jung reprendra à son compte
cette notion du Numineux qu’il inclura par la suite dans sa définition du monde
des archétypes. Il va de soi que je rattache bien entendu certaines sociétés
secrètes à cette vision propre de la Mystique transcendantale dans sa voie
occidentale. Le fait que Jules Bois, pour ne donner qu’un exemple ait consacré
un ouvrage, non paru à ce jour, sur la "Psychologie des Saints" peut être un
élément favorable de réflexion pour la bonne compréhension de ce propos.
Gazette
de RLC : Quelle collusion faites-vous entre ce personnage, Jules
Bois, et le mystère de Rennes-le-Château?
Portrait en buste d’Emma Calvé, document inédit jamais publié. Photo arcadia ©
T.
E. Garnier : Il n’y a pas une, mais plusieurs connexions réelles. Emma
Calvé, je l’ai déjà dit, appartenait comme Jules Bois au Prieuré de Sion, et l’on
connaît les rapports intimes qu’entretenait la cantatrice avec le curé de
Rennes. Il y a d’autres pistes intéressantes à suivre, dans un livre à paraître
prochainement aux éditions Arqa, nous donnerons d’autres éléments importants
concernant l’ésotérisme de Frédéric Mistral et des Félibres. Jules Bois était
le représentant des Félibres à Paris, ne l’oublions pas, cette piste-là est
essentielle et toujours pas exploitée par aucun chercheur à ce jour. C’est la
piste occitane, celle du catharisme et du Graal qui est véritablement un socle
pour avoir les idées claires dans le cadre de l’affaire qui nous préoccupe.
Ceci dit, d’autres sentiers méritent d’être découverts et je m’y emploie dans
le cadre de la politique éditoriale de notre maison d’édition. L’histoire du
Martinisme ainsi que celle de certaines sociétés rosicruciennes du début du
siècle se recoupent aussi à cet endroit, ce qui n’est pas banal… D’où,
d’ailleurs, certaines réactions épidermiques qui étaient bien prévisibles.
Gazette
de RLC : Les férus
de l'affaire de RLC connaissent le Diplôme d'Honneur délivré à Papus et sur
lequel figure la signature de la cantatrice Emma Calvé suivi de
"S.I.". Quel rôle a-t-elle
joué dans les milieux ésotériques de cette époque? Avez-vous des informations sur une éventuelle rencontre entre
Emma Calvé et l'abbé Bérenger Saunière ? T.
E. Garnier : Dominique
Dubois indique bien dans son ouvrage qu’Emma Calvé comme Jules Bois faisaient,
je pourrais dire -entre autres- partie de cette société initiatique, qu’est le
Martinisme. Il existe également des échanges de correspondance entre Emma Calvé
et Joséphin Péladan. Or, quand on connaît l’importance de la filiation des
Péladan, via la Rose+Croix de Toulouse, cela commence à faire beaucoup
d’indices intéressants, pour le moins. En outre, si l’on tient compte de ce que
j’ai pu dire plus haut sur leur appartenance au cercle extérieur du Prieuré de
Sion, aux Félibres, ainsi que les
différentes affiliations de Jules Bois à la Golden Dawn, à la Fraternité de
l’Etoile, à l’Amorc très certainement dans sa filiation primitive, etc.,
de leurs différents voyages à l’étranger pour tous les deux, manifestement cela
devient un faisceau suffisamment convaincant pour affirmer qu’ils étaient bien
concernés par le milieu ésotérique de la Belle Epoque et, au-delà, par le
mystère audois. En ce qui
concerne l’abbé Saunière et Emma Calvé, si certains attendent d’avoir des
photographies de la chambre nuptiale… pour se convaincre qu’il y a bien eu une
relation amoureuse entre eux, alors il vaut mieux arrêter tout de suite la
polémique. Chacun est libre de se forger une opinion en fonction, non pas de ce
qui est ou a été intrinsèquement, non pas en fonction de ce qu’on lui dit ou
qu’il lit, peu importe. En réalité, la seule vérité est dans ce que l’on croit.
Et au-delà de la croyance réside la pensée, qui est vérité. Comme le dit un
auteur anonyme, "croire c’est bien, penser c’est mieux". Je n’ai rien à prouver pour ma part,
j’apporte seulement un souffle nouveau, enfin, de l’eau au moulin, des pierres
à l’édifice et, ce, selon une compréhension personnelle que je suis prêt à partager
avec le plus grand nombre.
Gazette
de RLC : Justement,
vous sortez actuellement un ouvrage sur le Dieu Seth, publié en 1907, écrit par
un érudit languedocien, Hyppolite Boussac, et vous signalez un rapport avec
Rennes-le-Château. Quel est-il exactement ?
Arqa Ed. 2004©
T.
E. Garnier : Ce livre
n’est pas sur Rennes, seulement sur le Dieu Seth. Je souligne curieusement que
Seth s’écrivait selon les égyptologues des XVIIIe et XIXe siècles, SET, exactement
comme il est écrit sur la tombe de madame de Blanchefort ! Je
souligne encore que certains chercheurs ont déjà fait le rapprochement à ce propos,
mais pas sur l’orthographe précisément, entre l’inscription sur la pierre
tombale et le dieu égyptien, mais l’intérêt le plus flagrant vient surtout de
ce que l’un des meilleurs spécialistes de Rennes-le-Château, Jean Robin, a déjà
écrit un livre, comme par hasard, sur le Dieu Seth, et sur Rennes,
"Le Royaume du Graal"; or, nouveau hasard, son ouvrage, "Seth, le dieu maudit", possède un dernier chapitre sur Rennes-le-Château intitulé "Et sur
cette pierre…". On notera donc les trois points de suspension indiqués par Jean
Robin. Ce chapitre est à relire, on ne peut être plus clair. Cet
ouvrage d’Hippolyte Boussac, égyptologue et érudit, possédant des ancêtres
francs-maçons en terre occitane, n’a qu’un seul intérêt, apporter une nouvelle
pierre à l’édifice…
Gazette
de RLC : Le fameux
livre de Patrick Ferté, "Arsène Lupin Supérieur Inconnu
- La clé de l'oeuvre
codée de Maurice Leblanc", a mis en lumière les liens entre l'oeuvre de Maurice
Leblanc et Rennes-le-Château. Avez-vous
relevé des indices de l’appartenance de Maurice Leblanc à une obédience
quelconque ou sur ses sources d'information? T. E. Garnier : Je n’ai pas d’information particulière sur Maurice Leblanc. La meilleure étude sur cet auteur, dans le contexte audois, a été réalisée par Patrick Ferté, c’est certain. Il y signale l’appartenance de Jules Bois et de Maurice Leblanc à la Société des Gens de Lettres, dont ils étaient tous deux secrétaires ! Elus ensemble le même jour, ce n’est pas rien, le 25 mars 1907. Ils s’estimaient particulièrement et Jules Bois n’a que louanges dans ses chroniques pour Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Cependant, peut-on imaginer un seul instant que l’écrivain journaliste Jules Bois qui côtoyait son ami écrivain Maurice Leblanc tous les 15 jours à la Société des Gens de Lettres, n’ait percé à jour l’œuvre cryptée de l’érudit normand ! Il faudrait être particulièrement de mauvaise foi pour ne pas comprendre que les deux amis étaient aussi des comparses !
Archives Arcadia©
Toutefois puisque vous me posez cette question à propos de
Maurice Leblanc, je voudrais rajouter quelque chose qui devrait vous
intéresser. Il faut également se souvenir que Georgette Leblanc, sœur de Maurice
Leblanc, était une amie intime, peut-être même très intime d’Emma Calvé, cela a
été parfois sous-entendu par certains chercheurs. Il faut savoir, et ce fait
n’a jamais été révélé par aucun d’eux, que Georgette Leblanc est l’auteur d’un
ouvrage intitulé "le Choix de la Vie" publié en 1904 chez Eugène Fasquelle
éditeur, le même éditeur pour cette année-là, que celui de Jules Bois!
Or, celui-ci, notons-le, publie en 1904 chez Fasquelle donc, "Hyppolite
couronné, Drame antique en quatre actes". Autant dire que ce beau monde se
connaît et se côtoie très largement. Qu’est le "Choix de la Vie"?
L’ouvrage de Georgette Leblanc est un hymne aux amours saphiques entre deux
femmes, la narratrice et une certaine Rose. Souvenons-nous alors que le second
prénom d’Emma Calvé était Rosa, et qu’Emma Calvé est Sapho, femme aux mœurs
pour le moins légères dans l’Opéra de Massenet, d’après le roman d’Alphonse
Daudet, et voilà de nouveau la piste occitane. Les sous-entendus
érotico-ésotériques ou ésotérico-érotiques, comme vous voudrez, prennent ainsi
un tout autre relief… Pour finir, signalons au passage que dans le roman de
Georgette Leblanc, Rose, l’égérie de la narratrice est le diminutif de
Roseline, ainsi également appelée tout au long de l’histoire! A croire
que le roman à clef est une spécialité dans la famille Leblanc… Une dernière
chose encore, l’ouvrage que nous possédons de Georgette Leblanc est signé de sa
main et est dédicacé à Mounet Sully, célèbre acteur français sorti du conservatoire
en 1868 qui interpréta tous les grands rôles du répertoire classique et
romantique. Ce nom ne nous est pas inconnu, puisqu’il est un des très rares
hommes cités avec amitié par Emma Calvé dans ses mémoires. 5 juillet 2004, Johan© La rédaction remercie Thierry Emmanuel Garnier pour la qualité de ses réponses, les informations précieuses et les photos inédites! Sa maison d'édition réalise également des travaux calligraphiques, des cartes postales et des posters! |