1910, à Rennes-le-Château, au cœur du pays cathare, le prêtre Bérenger Saunière est sur le point de découvrir la cachette qui renferme le fruit des pillages des rois wisigoths, dont la fabuleuse Arche d’Alliance de Jérusalem. Saunière, qui a dilapidé un premier trésor, est alors un homme ruiné, traqué par les agents du Vatican et les membres de diverses sociétés secrètes. Marie, sa fidèle servante et maîtresse, l’aide dans ses recherches.
1917. A la mort de Bérenger, Marie est la seule à connaître l’endroit où se trouve le trésor. Cernée d’ennemis, de faux amis, d’hommes qui feignent de l’aimer pour accéder à la richesse et au pouvoir, elle doit se défendre, seule, jusqu’à sa mort.
Dès 1928, Himmler, dans sa soif de puissance, a envoyé ses meilleurs agents, dont l’énigmatique Otto Rahn, passionné par le Graal et l’épopée cathare, pour faire parler cette « paysanne irréductible ». Entre 1910 à 1953 vont intervenir des aventuriers, les Johannistes, et surtout la mystérieuse société secrète autrichienne et allemande des "Frères Asiatiques" et les membres de l'organisation "Origine des Ancêtres" dont Otto Rahn était la figure emblématique.
Martine Alix Coppier est passionnée d’Egypte et d’ésotérisme, elle pratique l’astrologie et le tarot, thèmes que l’on retrouve parfois dans ses livres.
Publié en dix langues, Jean-Michel Thibaux a su concilier son attachement profond à ses racines provençales – à travers des romans comme La Fille de la garrigue, La Bastide blanche ou L’Or du forgeron – et son insatiable curiosité pour les horizons lointains.
Un film de plus de 24 minutes présente le nouveau livre de Jean-Michel Thibaux et Martine Alix Coppier, "L'Héritière de l'abbé Saunière", édité aux Presses de la Cité. Il s'agit d'un roman à clés comme l'avait signalé Jean-Michel Thibaux à la rédaction dès juillet dernier ! Les pistes, pour certaines très peu exploitées, couvrent la période de 1910 à 1954 et nous mènent en Allemagne et en Autriche.
Nul besoin de présenter l'auteur de "Les tentations de l'abbé Saunière" et "L'or du diable", réédités sous le titre "Le Secret de l'abbé Saunière" ! Cette saga fit l'objet d'une série télévisée française de 6 épisodes de 52', coproduite par Vamp production, FR3 Marseille, La Sept et la RTBF sous le titre de "L'or du diable". A suivre...
"L'héritière de l'abbé Saunière est un film réalisé par le talentueux Michel di Giovanni d'après le roman de Jean-Michel Thibaux et Martine-Alix Coppier. Cette oeuvre raconte l'histoire de Marie Denarnaud, servante aimante et dévouée de l'abbé Saunière qui se mit au service des Habsnourg et découvrit un fabuleux trésor. Trésor convoité par tous les aventuriers avides de pouvoir dont l'énigmatique Otto Rahn envoyé par Himmler. Dans ce film nous retrouvons Martune Alix Coppier, Jean-Michel Thibaux, Roland Lemercier, Jules Fabien et Christian Doumergue." (Jean-Michel Thibaux)
Martine Alix Coppier et Jean-Michel Thibaux ont accordé une interview à la Gazette de Rennes-le-Château !
Gazette de RLC : Martine Alix Coppier et Jean-Michel Thibaux, présentez-vous aux lecteurs de la Gazette de Rennes-le-Château. Martine Alix Coppier : Je suis Savoyarde. Diplômée des Beaux-Arts et des Monuments Historiques, je me suis consacrée aux Arts Plastiques, aux expositions et à l'enseignement, avant de me vouer à l'écriture, ma passion de toujours. J'aime recueillir la mémoire des anciens et de leurs coutumes pour les nouvelles générations. Il m'est arrivé de leur "prêter ma plume" pour qu'ils témoignent. J'ai publié 6 livres, dont le dernier écrit à quatre mains avec Jean-Michel Thibaux. Je suis spécialisée dans les romans historiques, les biographies et romans de terroir, mais j'ai une autre facette : des écrits atypiques, portes ouvertes sur d'autres univers, aux carrefours du symbolisme, de l'ésotérisme et du fantastique, où l'humour a sa place. Jean-Michel Thibaux : Je suis né en Provence d’un père champenois et d’une mère corse. Elevé par trois bergères – ma mère, ma grand-mère et ma tante -, j’ai baigné durant 14 ans dans une atmosphère étrange faite de superstitions et d’interdits. A 14 ans, j’entre en apprentissage dans la marine nationale et, à 18, je deviens artificier-démineur. Mais c’est en 1978 que ma carrière bascule. Muté à Paris aux Affaires Générales (Délégation Générale de l’Armement) à Balard, je suis sous les ordres de l’Inspecteur général de l’Armement Paul Bert, de l’ingénieur Général Damiano et du colonel Henry Noulet qui deviendra mon officier traitant.
Gazette de RLC : Quel fut votre rôle aux Affaires Générales ? Jean-Michel Thibaux : Mon rôle consistait à régler tous les problèmes que personne ne voulait traiter : organisation des commissions paritaires entre les syndicats et les militaires, instruction disciplinaire concernant les fautes graves commises par les officiers et les ingénieurs, destruction des dossiers sensibles et des rapports classés secrets défense, organisation des rencontres en vue de passer des contrats d’armement avec les pays arabes, le Pakistan, l’Argentine et l’Afrique du Sud. C’est dans ce dernier volet que je me suis spécialisé après avoir eu en charge le financement du chasseur de mine tripartite, etc.
Gazette de RLC : L'année 1978 est très importante pour votre carrière littéraire et Rennes-le-Château ! Jean-Michel Thibaux : Cette année-là, je commence à écrire "Les âmes brûlantes", je découvre Rennes-le-Château et je rencontre pour la première fois Pierre Plantard et Philippe de Cherisey (Je devais écrire un livre avec Philippe, mais ce projet ne s’est jamais réalisé). Je précise aussi que je n’ai jamais fait partie du Prieuré de Sion. En 1983, à la publication des "Ames brûlantes", je démissionne du Ministère pour me consacrer exclusivement à l’écriture et aux voyages. En 2007, je suis naturalisé turc en conseil des Ministres à Ankara par le Premier Ministre Erdogan. Cette intronisation se fera dans la ville sainte de Konya lors de la commémoration de la fondation des derviches tourneurs. Officiellement, je réside à Antalya sous le nom d’Atakan Türk et j’essaie de jouer un petit rôle au Moyen-Orient et au sein des ex-républiques soviétiques en militant pour le panturquisme. Aujourd’hui traduit en 13 langues et édité dans une quarantaine de pays, je publie mon 50e roman.
Gazette de RLC : Comment avez-vous découvert l’affaire de Rennes-le-Château ? Quel est votre regard, voire votre théorie, sur celle-ci ? Martine Alix Coppier : Il y a longtemps que je m'intéresse à l'énigme de Rennes-le-Château, d'abord pour l'avoir découverte en lisant "L'or de Rennes" de Gérard de Sède, mais surtout en lisant, à la fin des années 80, "Les tentations de l'abbé Saunière" et "L'or du diable" de Jean-Michel Thibaux, et en voyant simultanément leur adaptation télévisée mettant en scène, entre autres, le charismatique Jean-François Balmer dans le rôle de Bérenger Saunière. Pour la première fois, les personnages de cette énigme étaient humanisés, rendus plus proches des lecteurs et téléspectateurs, touchés par leurs états d'âme et tentations. Ensuite, j'ai vu l'émission "Mystères" animée par Alexandre Baloud sur le sujet de Rennes-le-Château où était invité Jean-Michel Thibaux. Jamais je n'aurais imaginé alors écrire un jour sur ce sujet avec lui ! J'ai aussi découvert que ma famille avait eu vent, autrefois, par les journaux, de l'affaire du "curé aux milliards" !
Je n'ai pas la prétention d'avoir une théorie, au regard d'érudits qui ont longuement travaillé sur le sujet. Mon sentiment : l'hypothèse des trafics de messe et de simonie dont on a accusé l'abbé Saunière ne tient pas. Ils n'auraient pas suffi à régler ses dépenses qu'on peut évaluer, chiffrer (à voir ses carnets de comptabilité), tant au point de vue constructions que train de vie, achats de livres et collections. Il me semble possible qu'il ait découvert un trésor matériel (par exemple celui des Wisigoths dont Rhedae était la capitale) et des documents à négocier, notamment par le biais de son frère Alfred. Le fait que d'éminentes personnalités furent invitées à la table de celui qui fut un pauvre curé de campagne dans un pauvre village d'alors laisse à réfléchir.
Rennes-le-Château est un lieu où tous les imaginaires et toutes les convoitises se sont enflammés, où l'hypothèse d'un trésor matériel côtoie celle d'un autre spirituel ; tant qu'ils ne seront pas découverts, la magie du lieu et de l'histoire continuera d'opérer. Jean-Michel Thibaux : J’ai découvert l’affaire de Rennes-le-château en 1978 en travaillant sur le sujet des croisades à la Bibliothèque Nationale. Les premiers documents que j’eus, par hasard, entre les mains furent le Serpent Rouge et le dossier Lobineau. Dès lors, je me mis à dévorer tout ce qui concernait ce « trésor » et, dans la foulée, je me rendis à Rennes-le-Château où je fus reçu par Henri Buthion. Ma théorie sur cette affaire a évolué. Je pense toujours qu’il a découvert un trésor matériel, celui des Wisigoths négocié par son frère Alfred, mais aussi un secret spirituel remettant en cause les fondements de l’église. En cela, je rejoins les propos de Christian Doumergue.
Gazette de RLC : Pour ce roman à quatre mains, comment vous êtes-vous répartis les tâches : recherches, plan du roman, rédaction, etc. ? Martine Alix Coppier : Nous avons décidé ensemble de la ligne conductrice et chronologique du roman. Pour ma part, j'ai beaucoup œuvré à la documentation, celle sur le terroir, pour m'imprégner des coutumes audoises, du patois, du travail aux chapelleries, afin de donner une justesse de ton. Et j'ai, bien sûr, cherché à connaître le mieux possible tout ce qui concerne Marie Denarnaud, sa personnalité, sa manière de vivre, ainsi que celles de sa famille, pour m'approcher au plus près de ce qu'était leur vie. J'ai rencontré quelques personnes l'ayant connue lorsqu'elles étaient enfants. J'ai "endossé" en partie le personnage de Marie, pour amener au roman une part de sensibilité et de féminité, la rendant plus attachante au lecteur. Car il faut garder à l'esprit qu'il s'agit d'un roman, donc de situations ou ressentis des personnages à imaginer, en essayant de rester dans le respect de ces personnes et de leur mémoire. Je suis intervenue sur d'autres personnages comme Emma Calvé et dans d'autres situations du livre.
Comme pour notre précédent roman, nous avons travaillé et écrit chacun de notre côté (communiquant par ce bien utile outil qu'est internet) puis mis en commun, faisant évoluer le livre au fur et à mesure des découvertes que nous faisions de part et d'autre, alliant les pages dynamiques à celles plus intimistes et calmes. Jean-Michel Thibaux : J’ai endossé successivement les peaux de Saunière, d’Otto Rahn et de Karl Maria Wiligut tout en enquêtant sur les sociétés secrètes qui ont joué un rôle dans cette épopée. Il a été difficile de remonter des pistes et j’ai dû me rendre en Autriche et Allemagne à plusieurs reprises afin d’étayer cette histoire qui demeure romanesque. La documentation était colossale, les pistes innombrables et nous avons fait des choix douloureux pour réduire ce livre à 540 pages. Nous aurions pu écrire plusieurs tomes. Nous regrettons certaines coupures dont toute l’entrée en matière au temps de Ponce Pilate.
Gazette de RLC : Qu’est-ce qui vous a poussés à rédiger un autre roman sur l’affaire de Rennes-le-Château après l’énorme succès de « Les tentations de l’abbé Saunière » et « L’or du diable » ? Martine Alix Coppier : Les premiers romans de Jean-Michel s'arrêtaient à la mort de l'abbé en 1917. Ayant poursuivi ses recherches sur le sujet, il lui a paru intéressant de mettre la lumière sur l'« après Saunière », Otto Rahn, et surtout Marie, que le public connaît moins. Dans ses premiers romans, la famille Denarnaud était restée dans l'ombre. Je me suis donc attachée à leurs relations, notamment celles de Marie avec sa soeur de lait Julie, encore moins connue qu'elle, mais sans doute au courant de l'affaire...
Jean-Michel Thibaux : Je n’étais pas satisfait par « Les Tentations de l’abbé Saunière » et « L’or du diable » ?. Quand Gérard de Sède me fit part de son amertume concernant le Prieuré de Sion à la fête du livre de Carcassonne et que je compris que nous avions été manipulés, je me mis en quête de démasquer Pierre Plantard et son « Ordre ». Ce nouveau roman prend le contre-pied de mes précédents et commence par un avertissement aux lecteurs.
Gazette de RLC : Vous semblez privilégier la piste germano-autrichienne. Sur quels indices vous basez-vous ? Jean-Michel Thibaux : Depuis le Moyen-âge, la piste est germanique. Les Germains ont été de tout temps en première ligne sur cette affaire. Le paroxysme de leurs recherches sur Rennes a été atteint entre 1928 et 1965. En ce qui concerne l’Autriche, il est inutile de s’étendre puisqu’elle est à la source de l’affaire Saunière par le biais des Habsbourg, des Chambord, des Frères asiatiques et de l’ordre Nouveau du Temple. Il nous reste à mettre à jour les documents de l’Ahnenerbe Forschungs und Lehrgemeinschaft concernant le trésor de Rennes-le-château et le Graal de Montségur.
Gazette de RLC : Dans une célèbre vidéo de Jimmy Guieu, vous évoquiez l’intérêt de divers services secrets français, israéliens,... pour l’affaire de RLC. Selon vos sources, est-ce toujours le cas ? Jean-Michel Thibaux : Ce n’est plus d’actualité. L’histoire de faille temporelle m’a cependant profondément intrigué (là, je parle du Bugarach). Existe-t-elle réellement ? Les failles de ce type étaient étudiées par l’ingénieur général de l’Armement C... Tous les renseignements sur ces phénomènes étaient rassemblés à Saint-Louis dans la banlieue de Bâle. Dans ce complexe créé à la fin de la seconde guerre mondiale où avaient été enfermés une poignée de savants allemands ayant échappé aux Américains et aux Russes, on reprenait toutes les théories sur les armes du futur. Au fil du temps, ces scientifiques ont collaboré étroitement avec les chercheurs français auxquels se sont greffés les Israéliens puis, dans les années 90, des informaticiens indiens. Ces recherches ont permis de mettre au point le canon magnétique et des armes holographiques. Je ne peux pas vous en dire plus. Cette question répond aussi en partie au « Dossier Mérovingien »...
Gazette de RLC : Vous évoquez un roman à « clés ». Pouvez-vous nous en dire davantage ? Jean-Michel Thibaux : Toutes les clefs que nous donnons sur le sujet ouvrent des portes donnant sur des énigmes que nous avons en partie dévoilées et qui restent à appronfondir. J’ai longtemps cherché ce que cachait le Prieuré de Sion, à deviner ce que préparait Pierre Plantard. Aujourd’hui je sais qu’il n’a pas agi librement et a servi de fusible à un groupe poursuivant un but qui m’échappe encore. Il était nécessaire, par exemple, de relier historiquement le Prieuré à d’autres mouvements. Nombreuses sont les loges maçonniques et autres Rose-Croix tels que les Polaires s’intéressant à l’affaire de Rennes au XIXe siècle et durant la première moitié du XXe. J’en ai isolé trois qui me semblent fondamentales : les Johannistes, les Frères Asiatiques et, surtout, plus proche de nous, l’Ordo Novi Templi. Ce dernier disparait en 1938-1940 et ses membres sont absorbés par la mouvance SS avec les anciens Casques d’Acier et la Sainte Veheme ou Sainte Vehme. Il me reste à relier l’Ordo Novi Templi au Prieuré. Un trou de seize ans, mais jusqu’à ce jour, je n’ai pas encore trouvé de lien entre eux.
Gazette de RLC : Dans quelles circonstances avez-vous connu Pierre Plantard et Philippe de Chérisey ?
Jean-Michel Thibaux : Dès que ma passion pour l’affaire de Rennes s’est révélée dévorante, j’ai rencontré en 1978 Pierre Plantard chez lui, puis Philippe de Chérisey. J’ai éprouvé de la sympathie pour Philippe qui, tout en faisant preuve d’une grande culture servie par une intelligence acérée, ne se prenait pas au sérieux. Au point que nous avions convenu d’écrire un livre détourné sur Rennes-le-Château. Peut-être que cette idée de livre nous avait-elle été mise en tête par Plantard. Pierre était très fort pour insuffler des projets servant ses intérêts.
Gazette de RLC : Du mythomane désargenté au Grand Maitre du Prieuré de Sion, comment avez-vous perçu P. Plantard ? Jean-Michel Thibaux : Comme l’arroseur arrosé...
Gazette de RLC : Plus prosaïquement, beaucoup suppute que Pierre Plantard aurait reçu ou dérobé des documents qui l’auraient mis sur la piste des Templiers via Gisors, puis de Rennes-le-Château. Il aurait donc suivi ce fil d’Ariane. Qu’en pensez-vous ?
Jean-Michel Thibaux : Je pense que c’est la vérité. Du moins, j’utiliserai plutôt « qu’on lui a laissé sciemment dérober ». Je n’ai pas réussi à ce jour à mettre un nom sur l’organisme qui s’est servi de Plantard comme d’un sous-marin. J’ai un moment opté par la piste synarchiste mais elle ne m’a pas paru correspondre à l’esprit de Plantard. Si on s’en réfère au « Pacte synarchiste révolutionnaire pour l'empire français », qui fut découvert chez Jean Coutrot après son « suicide » (j’insiste sur les guillemets) le 19 mai 1941, en le lisant, on s’aperçoit que la synarchie est loin de représenter la forme de pouvoir idéalisée par Plantard. Le Maître du Prieuré préférait la voie mystique de la chevalerie à celle de la pragmatique technocratie. Je vous rappelle que cette société secrète formée avant la guerre est vraisemblablement à l’origine de la chute du gouvernement de Pierre Laval en décembre 1940 et qu’elle était composée d’industriels, de polytechniciens et de hauts fonctionnaires des finances, sphères dans lesquelles le jeune Pierre Plantard fortement attaché au gouvernement de Vichy n’avait pas accès. Par contre, je crois qu’il a été fortement influencé par les écrits de Georges Monti, le secrétaire de Joséphin Péladan (comte Israël Monti), et que sa rencontre et sa correspondance avec Emile Hoffet ont été déterminantes dans sa façon de penser. C’est donc dans cette mouvance qu’il faut chercher le lien entre l’Ordo Novi Templi et le Prieuré de Sion. J’ajoute que l’adhésion de Pierre plantard au Grand Orient de France n’est qu’une péripétie ; la loge « L’avenir du chablais » était un outil devant lui permettre de s’imposer, bien que les idées de cette loge aillent à l’encontre des siennes.
Gazette de RLC : La piste outre-atlantique du Prieuré de Sion tient-elle la route ? Jean-Michel Thibaux : Non, bien que ce ne soit pas une invention. Plantard tenait à asseoir son obédience sur le nouveau continent. Il n’y est jamais parvenu.
Gazette de RLC : Vous précisez que vous n’avez pas appartenu au Prieuré de Sion. Vu les personnes rencontrées, vous l’avez approché. Qui le composait et comment fonctionnait-il ? Y avez-vous rencontré Jean-Luc Chaumeil et Paul Rouelle ? Quel est votre avis à leur sujet ? Jean-Michel Thibaux : Je l’ai approché, côtoyé. Je dirais « j’ai flirté avec lui », mais je préfère ne pas m’étendre sur le sujet. Jean-Luc Chaumeil et Paul Rouelle sont des hommes passionnés par leurs recherches sur Rennes-le-Château. On les a beaucoup critiqués, souvent à tort. Heureusement qu’ils existent. Ils font partie de ceux qui ont créé des vocations.
Gazette de RLC : Continuons avec P. de Chérisey. Vous l’avez bien connu puisque vous deviez écrire un livre avec lui ! Quel en était le sujet ? Pourquoi le projet n’a-t-il pas abouti ? Jean-Michel Thibaux : Quand Philippe publie « Lock » en 1983, il est déjà bien malade. De mon côté, cette année-là, j’écris en parallèle « Programme MZ » et « Les tentations de l’abbé Saunière ». Nous avions pour projet d’écrire un roman dont les personnages principaux auraient été Marie-Madeleine et Jean Salvator de Habsbourg. Evidemment, dans cette mouture, il était hors de question de favoriser Plantard dans son désir d’être le descendant des Mérovingiens. De Chérisey avait commencé à prendre ses distances avec le « Rejeton Ardent » en 1981 et il était sur le point de rompre définitivement avec lui. Philippe, hélas !, décédait en 1985. Cette mort m’a marqué parce j’avais un projet similaire sur le moyen-âge et les templiers dans l’Aude et Jérusalem avec Jean-Noël Gurgand qui trouva la mort dans les mêmes circonstances après son voyage à Compostelle.
Gazette de RLC : Décrivez le caractère de P. de Chérisey ? Quel fut son rôle dans la création du Prieuré de Sion et sa place dans l’organigramme de cette « société » ? En était-il le penseur et l’écrivain ?
Jean-Michel Thibaux : C’était un blagueur, un touche-à-tout. Il considérait la vie comme une farce et une dérision, mais cette apparente jovialité cachait sa peur de la mort et du prix à payer pour ses fautes car il était, contrairement à ce qu’on peut penser, profondément croyant et demandait souvent à ses proches de prier pour lui. Il était obsédé par le mythe de Marie-Madeleine, d’une Marie-Madeleine dont le culte aurait joué un rôle majeur dans l’Aude. Je ne dis pas qu’il cherchait la tombe de Marie-Madeleine. Toujours est-il qu’il fut l’une des pièces maitresses du Prieuré de Sion. Il était la pensée exotérique du Prieuré, Plantard représentait la pensée ésotérique, et de Sède était le bras armé. On sait que cette Trinité, via Philippe de Chérisey, a inondé le monde des chercheurs et historiens de fausses informations qui ont permis de faire avancer l’affaire de Rennes-le-château. Mais aucun des trois ne possédait assez de maitrise et de science pour combiner, par exemple, les fameux parchemins qui enflammèrent les esprits dans les années 70. Aucun d’eux n’était en mesure de refondre le Codex Bezae en messages chiffrés. Il n’en demeure pas moins que Philippe avait des comportements d’agent secret. Il multipliait les pseudos avec une préférence pour Charlot. J’étais Titus ou Argos. On avait convenu de ne pas s’écrire et de se parler le moins souvent au téléphone. Je regrette de ne pas avoir poursuivi l’aventure de Rennes à ses côtés.
Gazette de RLC : On évoque comme le monstre du Loch Ness un volumineux manuscrit de plus de 1000 pages composé de la substantifique moelle du PS. Qu’en est-il ? Jean-Michel Thibaux : Il n’existe pas. Du moins pas encore. Les héritiers spirituels du Prieuré se feront une joie de nous livrer un vrai-faux pensum...
Gazette de RLC : Parmi les propriétaires du domaine de l’abbé Saunière, vous avez connu Henri Buthion. Quels étaient ses centres d’intérêt par rapport à l’affaire ? Jean-Michel Thibaux : Buthion était un matérialiste doublé d’une personnalité d’inquisiteur fanatique du catholicisme. Il cherchait de l’or, des bijoux, un pactole qui lui aurait permis de se renflouer et de quitter à jamais Rennes-le-Château. Il m’a reçu avec générosité puis, quand il a lu « Les Tentations de l'abbé Saunière », il m’a maudit en m’attribuant le titre de « légionnaire de Satan ».
J’ajoute que « L’héritière de l’abbé Saunière » est d’abord un roman, une pierre de plus dans l’aventure de Rennes-le-château, rien de plus qu’un long rêve de 540 pages émaillées de vérités !