Les carnets de l'abbé Saunière
Le chercheur et webmaster, Octonovo, a retrouvé les carnets de comptabilité de l'abbé Bérenger Saunière pour la période 1897-1915 et les carnets de correspondance de 1896-1915. Cette trouvaille complète les carnets en possession d'Antoine Captier de 1893 à 1897 et ceux de Pierre Jarnac de 1915 à 1917 ! Ces carnets avaient disparu depuis quelques décennies. Plus de 600 pages à dépouiller et à recouper avec les informations des autres carnets et les nombreuses théories sur le sujet. Des pistes se fermeront, d'autres devront être prolongées suite aux révélations de l'auteur. "J'espère que ce travail permettra de mieux cerner l'origine de ses revenus et leur utilisation réelle, ainsi que de répondre à quelques questions essentielles sur la réalité de son train de vie", nous a-t-il dit.
Octonovo pendant son interview à "L'Hostellerie" de Rennes-les-Bains (© Johan Netchacovitch)
Il a proposé à la Gazette de mettre en ligne deux pages pour que vous puissiez les comparer avec celles qui sont connues. Octonovo a fait une conférence sur le sujet : "La comptabilité de l'abbé Saunière" à la "Table de l'abbé" le vendredi 13 août 2004. Suite à celle-ci, il a répondu aux internautes sur le forum ! La Gazette reprend certaines de ses réponses (la conférence, l'interview et le forum) qui seront amplifiées, confirmées ou infirmées dans un livre à paraître fin 2006 !
Les carnets, première impression
Pour ce qui est de l'ampleur des sommes, j'ai compté 185.657,11F sur la période pour laquelle j'ai la comptabilité. Antoine Captier m'a indiqué qu'il avait des éléments antérieurs jusqu'à 1894, ce qui devrait permettre de compléter cette étude sur une plus grande période.
Il est exact que les carnets de l'abbé sont couverts de "demande des messes", "envoi des messes", "accusé de réception", " n'a plus de messes", "promet des messes". J'ai compté 4660 "envois de messes" de 1896 à 1908, soit en moyenne 1 par jour. Cela fait beaucoup, mais on est loin des "centaines de mandats qu'il recevait chaque jour". Personnellement, je n'adhère pas à la thèse du trafic de messe comme source unique des revenus de l'abbé, et ce ne sera pas la thèse que je vais défendre à ma conférence.
Le nombre de "donateurs" de l'abbé se monte à plusieurs dizaines, quelques centaines. C'est beaucoup, mais en même temps, c'est moins que ce que je pouvais craindre au départ. Comment l'abbé est il rentré en contact avec eux, et comment les a-t-il convaincu... peut être avait-il quelque chose d'extraordinaire (je dis cela pour tenter le diable).
Je ne crois pas qu'il y ait un code dans ces carnets. Ce sont des objets usuels de gestion pour Bérenger Saunière, et il ne se fait pas de secrets à lui-même. Il ne devait pas s'attendre à ce que quelqu'un les relise, surtout un siècle plus tard. Repensons à son évêque, lors du procès de 1911, qui lui demande une comptabilité que l'abbé nie alors avoir tenue. Clairement, ses carnets étaient exclusivement destinés à lui-même.
Concernant la façon dont Bérenger Saunière gère ses débits
La réponse se trouve sur le tableau récapitulatif. L'abbé a un solde généralement très positif en fin de mois. Quand il dépense plus sur un mois, ce solde lui permet de solder ses échéances. Comme ces mois sont rares, l'abbé n'a pas de problème ou presque.
En réalité il n'a qu'une période difficile, mais je suis obligé pour l'expliquer de parler de la "rente des 20.000F".
En 1899, 1900 et 1901, ses revenus sont très importants et, en janvier 1901, son "solde fin de mois" est supérieur à 20.000F (il a donc cette somme en réserve). En février, les 20.000F disparaissent de sa comptabilité sans explication. Ce n'est que plus tard que l'on comprend qu'il s'est constitué une rente à 3,5% auprès de la Caisse d'Epargne (déjà !).
Conférence du 13 août 2004 à Rennes-le-Château (© Johan Netchacovitch)
Pour en revenir à ses difficultés de trésorerie, elles surviennent début 1905. Les travaux du domaine lui coûtent cher et l'on voit son "solde fin de mois" tendre peu à peu vers 0. En mars-avril 1905, il note : (tiré des 20.000) ajouté en plus 5.000, et en conséquence, il pare au problème comme ceci. Sa rente ne porte plus que sur 15.000F.
Ainsi, l'abbé n'avait quasiment pas de problème de trésorerie et, lorsqu'il demande des délais de paiement, c'est plus pour la forme que par besoin. Cela se pratiquait pas mal à l'époque comme de nos jours le "paiement 90 jours fin de mois".
Concernant les bonnes âmes qui financent les maisons de retraite
Personne en particulier ne finance ce genre de bonnes oeuvres, sinon des particuliers (j'englobe les prêtres). C'est ce qui se passe à mon sens avec l'abbé Saunière. Il est le maître-d'oeuvre du projet et est largement financé pour cela par ceux qui veulent l'aider.
Il y a là ce que j'appelle le double problème :
C'est une de ces mêmes personnes qui le finance largement, du début à la fin, qui est un de ses proches (et qui voit donc bien comment Bérenger Saunière emploie cet argent), qui lui écrit vers 1911 (ou 1912, suite à ses démélés avec l'évêché) vend TON domaine. Quand ce projet collectif est-il devenu la "propriété" de l'abbé ?
Surtout que depuis le début, le domaine est au nom de Marie... Il ne s'agit donc ni d'une propriété collective, ni de la propriété de Saunière. Mais, pour ce dernier point, une hypothèse existe : BS avait anticipé la loi de séparation de 1905, ce qui est tout à fait vraisemblable, car cette loi n'a pas été une surprise.
Vins et alcools, profits en tous genres
Comme vous le notez, Bérenger Saunière faisait aussi un sacré commerce de vins et spiritueux. Outre ses vignes (qu'il traitait allègrement au souffre, bonjour le mal de crâne...), il avait un très lucratif commerce d'alcools. Pour l'essentiel rhum et melina qu'il achetait à un certain Bourges, commandant (de marine visiblement) à la retraite à Toulon.
Les bénéfices de ces commerces n'apparaissent pas dans la compta, ou alors en divers."

© Octonovo
Les entrées
209.000 F Or de revenus de 1897 à 1915. Plus grosse année 1901 (25.000 F Or), plus petite année 1911 (5.971F Or).
Une grosse partie des revenus provient de messes.
Je ne crois pas au trafic de messes (en résumé, ceux qui ont donné ne se sont jamais plaints et ont pour certains continué à donner, ceux qui se plaignent sont ceux qui n'ont jamais donné).
Les dépenses
147.911 F or de 1897 à 1911 (contre 167.634 F Or de revenus sur la même période).
Les surprises (des révélations issues des carnets de correspondance)
- Boudet déteste Bérenger Saunière au moins à partir de 1896. Ce n'est pas lui qui le finance ni qui dirige ses travaux.
Un événement qui m'a interpellé et qui me semble significatif de relations détériorées sont les voeux qu'ils s'échangent en 1897. Généralement ces voeux sont réciproques : une lettre appelle une lettre, une carte une carte. Or, cette année-là, Bérenger Saunière envoie une lettre et reçoit en réponse une carte ce qui est un événement assez rare. Ils ne s'échangeront plus jamais leurs voeux par écrit.

Otonovo, un chercheur passionné ! (© Johan Netchacovitch)
- Il y a deux prêtres à Rennes-les-Bains. Le second, Justin Sarda est un grand ami et financier de BS (et je trouve hallucinant qu'après 50 ans de recherches, on ne sache toujours rien sur ce personnage qui est un des véritables financiers de l'abbé). Voici quelques informations :
Sarda Jules est né à Douzens le 9 juillet 1855
Paroisse (canton) fonction (date de prise de fonction)
S. Nazaire (Carcassonne cité) Vicaire (1er juillet 1879)
S. Vincent (Carcassonne) Idem (1er octobre 1882)
Moussoulens (Montolieu) Desservant (1er avril 1892)
Hôtel Dieu (Carcassonne) Aumônier (16 juillet 1895)
Saint Papoul (S. Papoul) curé (1er janvier 1905)
Quillan (Quillan) idem (1er juillet 1907)
S. Paul (Narbonne) idem (1er août 1909)
Mort le 8 mars 1920.
- Les personnages célèbres cités dans l'affaire de Rennes sont en réalité de grands inconnus pour BS (Emma Calvet, Jules Blois, la famille des Habsbourg, Jean Orth, Bourg de Bozas etc.)
- Les véritables proches de Bérenger Saunière sont de grands inconnus pour les chercheurs (Justin Sarda, Edouard Auriol, Cazal, Cavailhé) et je trouve cela très surprenant après 50 ans de recherches.
- Mgr Billard n'a jamais protégé Bérenger Saunière
- Les voyages de Bérenger Saunière apparaissent et on peut en faire la liste sauf... un qui est manifestement secret (pour l'instant, je n'ai qu'un voyage secret, mais je n'ai pas fini de dépouiller la correspondance). Pas de voyage connuà Lyon ou à Paris de 1896 à sa mort.
- La villa Béthanie et le domaine auraient pu se situer ailleurs qu'à Rennes-le-Château.
L'authenticité des carnets
D'après la graphologie, il semble qu'ils aient bien été tenus pas Bérenger Saunière sur les années qu'il indique, et ce tout au long de sa vie (du moins de 1894 à 1915).
Maintenant, il est vrai qu'ils recèlent des curiosités et posent des questions. Les dépenses de nourriture sont importantes alors que les dépenses de librairies, par exemple, sont très aléatoires.
Dans tous les cas, il ne s'agit pas de carnet que BS aurait fait tardivement pour se justifier lors de son procès avec l'évêché.
Je n'ai pas d'explication pour tout, mais il semble (c'est du moins ce qui apparait dans sa correspondance) que Bérenger Saunière était assez nul en compta. Il demande l'aide de Gazel (un collègue) pour tenir la comptabilité de la fabrique à plusieurs reprises. Dans la sienne propre, il se trompe assez régulièrement sur les totaux.
Ceci expliquant peut être en partie cela.
Mais les faits indiqués sont réels, et je pense que cela reste globalement exact concernant les sommes (il ne se trompe jamais au point d'être dans l'embarras, et souvent il corrige de lui-même ses erreurs le mois suivant).
Je ne vois pas de "conspiration" transparaitre de cette compta, ni de trafics particuliers.
Des interrogations
Il restera beaucoup de questions posées par ces carnets. Par exemple, qui sait que la Villa Béthanie a brûlé en 1903, durant les travaux et que Bérenger Saunière appelle les gendarmes. Incendie accidentel ou criminel ?
Une association à but lucratif ?
Il est clair que Bérenger Saunière ne rétrocède aucune partie (ou quasiment rien) de l'argent qu'on lui donne. Ce qui reste à déterminer, c'est pourquoi on l'a financé (en langage moderne, quel était son argument de vente ?) et pourquoi son évêque lui a intenté un procès dont il est clair qu'il n'était qu'un prétexte, c'est-à-dire pourquoi est-ce quelqu'un de son "camp" qui s'en prend à lui ou à son "courant" à travers lui ?
Le mot complot renvoie souvent à une vaste opération de portée plus ou moins générale, c'est pourquoi je n'appelerais pas cela un complot. C'est plus un affrontement interne d'idéologie dont la portée devait être limitée et dont on a du mal à comprendre la logique.
Je crois que nous commençons à avoir une vision assez claire de qui finance, de combien, de quand. Il nous manque le pourquoi...

© Octonovo
La question... l'origine des fonds
Je suis actuellement en plein questionnement sur l'origine des dons de l'abbé (en clair, je ne suis sur de rien).
Visiblement, il ne connait pas "personnellement" 90% de ses donateurs et n'a eu aucune occasion de les rencontrer. Pourtant, avec certains d'entre eux, des relations apparemment cordiales s'établissent rapidement : on s'échange des portraits, on se rend des services, on s'envoie des faire-parts de naissance, mariage, décès...
Il est de notoriété publique que l'abbé faisait paraître des annonces et je vous confirme qu'il commande à quelques reprises des annuaires. Mais je ne suis pas convaincu que ses annonces soient nombreuses. Les frais de publication pourraient facilement être noyés dans les frais d'abonnement, mais comme il n'est abonné quasiment qu'à des revues régionales ou nationales, on retrouverait ses annonces facilement. D'autre part sa correspondance (qui comprend pourtant les messes demandées et reçues) ne mentionne aucune demande d'annonce. L'abbé pourrait avoir procédé par le biais d'annonce. N'a-t-il utilisé que ce biais et ce de façon générale ?
J'avoue que je ne comprends toujours pas le système de BS et que je suis toujours à la recherche de mon tiers ordre ou de mon association pieuse.
Je crois, par contre, qu'il ne faut pas tomber dans le piège d'Alfred. Dès 1896, Bérenger Saunière reçoit une lettre de son frère qui dit : "Nous n'aurons plus de relation d'affaire." Ensuite les deux frères semblent fâchés. C'est une excuse qu'il sert à son évêque lors de son procès, car son frère étant mort, c'est invérifiable. D'autre part, vu le scandale qui a entouré la mort de son frère, c'est sous entendre : vous essayez de me faire payer une faute qui n'est pas la mienne.
Enfin c'est effectivement un travail énorme que de gérer ces demande de messes, envois de messes, accusés de réception, mais je vous confirme que c'est Bérenger Saunière qui l'a mené. 80% de sa correspondance est consacrée à cela ce qui, au doigt mouillé, doit représenter au moins 30.000 lettres échangées en 20 ans. Grosso modo 2 reçues et 3 expédiées par jour.
La bibliothèque de l'abbé
Un relevé du contenu de sa bibliothèque, présent dans ses carnets, a été analysé par Thierry Garnier. Il est surprenant ! A découvrir !
Un forum a été créé ! Octonovo répond et livre son sentiment et ses commentaires !
Johan Netchacovitch, 30 septembre 2006