La nuit commence à tomber et à recouvrir de son linceul noir les cadavres éparpillés çà et là.
Seul survivant de l'âpre combat qui vient de se terminer, un homme, blessé, tente dans un ultime effort de se redresser pour souffler dans un cor.
Soudain son regard devient fixe, sa tête retombe en arrière contre le rocher sur lequel il avait tenté de prendre appui.
Il vient de succomber à ses blessures.
Nous sommes le 15 août 778, et cet homme c'est... Roland.
Statue de Roland à la cathédrale de Chartres (DR)
Le mystère Roland :
De Roland, on ne sait rien. Sinon cette citation d'Eginhard, Hruodlandus Brittanici Limitis Praefectus, que l'on peut traduire par Roland préfet des Marches de Bretagne. Mais qui était Roland ? Le neveu de Charlemagne ou un fils incestueux ? Du reste, la fresque qui se trouve dans la cathédrale de Chartres y ferait-elle allusion ? Saint Gilles sermonnant le Roi Charles pour son terrible péché, à savoir le commerce incestueux qu'il eut avec sa soeur et dont Roland serait le fruit.
Des historiens se demandent tout simplement si Roland a bien existé et s'il n'est pas un mythe.
Les récits poétiques de l'histoire basque n'y font aucune allusion, les chroniqueurs arabes non plus.
Ou fut-il victime de la censure de la cour ? En effet, les chroniqueurs officieux des monastères de tout le royaume reçurent l'ordre de ne souffler mot des cruels revers qui avaient marqué la fin de l'expédition en Espagne... Cette censure ne fut levée dans une certaine mesure qu'en l'an 829 et 840, c'est-à-dire à la fin du règne de Louis le Pieux. Ce qui fait qu'aujourd'hui nous ne savons toujours pas qui était Roland.
La bataille de Roncevaux :
Nous sommes en l'an de grâce 777, Charlemagne tient à Paderborn une assemblée pour jeter les premiers jalons de l'implantation de l'église en Westphalie.
Cette assemblée fut marquée par le premier baptême collectif des Saxons. A cette assemblée de Paderborn se présenta Ibn al Arabi le Wali (gouverneur) de Saragosse et plusieurs chefs musulmans d'Espagne du Nord qui, en conflit avec l'émir omeyade de Cordoue Abderraman 1er, vinrent solliciter le concours de Charlemagne. Les conjurés venaient se mettre sous sa protection et proposaient au roi des Francs une alliance contre l'émir de Cordoue, considéré comme leur ennemi. Il était convenu que les rebelles accueilleraient l'armée des Francs dans les villes qu'ils détenaient, notamment Barcelone et Saragosse.
Celui-ci céda à l'illusion de pouvoir par son intervention arracher à l'islam une partie de l'Espagne et franchit les Pyrénées l'année suivante. Charles convoqua pour le printemps 778 deux puissantes armées. La première, l'armée de l'Est, était composée de contingents austrasiens, bavarois, bourguignons, lombards et provençaux. Elle devait passer par les cols des Pyrénées Orientales ou Centrales.
L'armée de l'Ouest, sous les ordres direct de Charlemagne, était composée de contingents neustriens et aquitains et devait emprunter les cols des Pyrénées Occidentales.
Les deux armées devaient se rejoindre devant Saragosse, Ibn al Arabi leur ouvrirait les portes.
C'est alors qu'Al Husayn, principal lieutenant d'Ibn Al Arabi, excédé par l'attitude des Francs, décide de rompre l'accord et s'enferme avec ses troupes derrière les puissants remparts de Saragosse. Quand Charlemagne arrive dans la ville, Al Hysayn refuse de lui ouvrir les portes.
Le roi des Francs échoue donc dans son entreprise de la conquête de la ville, il ne pouvait plus envisager une offensive en direction de Cordoue.
Nous sommes au mois de juillet 778, Charles ne peut se permettre un siège de plusieurs mois, il ne pourrait assurer le ravitaillement de son armée en hiver. Pire, la route du retour en Gaule risquerait d'être coupée par les chutes de neige sur les cols, ce qui mettrait les Francs à la merci des embuscades de leurs adversaires les Vascons (Basques). Le siège fut levé fin juillet et Charlemagne prit la route du retour vers Pampelune que, dit-on, Roland rasa en guise de représailles. Quand Charles donna l'ordre de repasser les Pyrénées, on approchait déjà de la mi-août.
La voie antique était trop étroite pendant la traversée de la montagne pour donner passage à plus de deux hommes de front, d'autant qu'ils étaient chargés de leurs armes offensives et défensives et de leur équipement de campagne. L'armée, de ce fait, s'étirait sur une distance de plusieurs lieues. Les chevaux, conduits à la bride, allongeaient encore cette file. Dans ces conditions et quoi qu'il arrivât, l'armée était incapable de faire marche arrière et de se déployer en ordre de bataille. Elle longeait d'un côté des crêtes boisées, de l'autre de profonds ravins, si bien qu'elle était à la merci d'assaillants éventuels qui l'auraient prise de flanc. Et c'est bien ce qui se passa ce 15 août 778 quand Roland trouva la mort dans un accrochage avec les Vascons (Basques) selon les historiens, les Arabes selon la chanson de Roland.
Source : Les dossiers de l'archéologie, 1978.
arles li reis, nostre emperere magnes,
Set anz tuz pleins as estét en Espaigne :
Tresqu'en la mer cunquist la tere altaigne.
N'i ad castel ki devant lui remaigne ;
Mur ne citét n'i est remés a fraindre,
Fors Sarraguce,ki est en une montaigne.
Li reis Marsilie la tient,ki Deu nen aimet,
Mahumet sert e Apollin recleimet :
Ne's poet guarder que mals ne l'i ateignet. |
Charles le Roi, notre grand empereur,
Sept ans entiers est resté en Espagne :
Jusqu'à la mer, il a conquis la haute terre.
Pas de château qui tienne devant lui,
Pas de cité ni de mur qui reste encore debout,
Hors Saragosse, qui est sur une montagne.
Le roi Marsille * la tient, qui n'aime pas Dieu,
Qui sert Mahomet et prie Apollon *;
Mais le malheur va l'atteindre : il ne s'en peut garder. Aoi . *
* Marsille : Roi sarrasin d'Espagne. Personnage totalement imaginaire.
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Apollon : L'auteur de la chanson de Roland ne connaissait pas l'islamisme, il s'imaginait que les Sarrasins adoraient des idoles, tout comme les Romains et les Grecs. Les Francs chrétiens considéraient les Sarrasins comme païens.
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Aoi : Cette notation est demeurée inexpliquée. |
Lire l'étude complémentaire "Roland et le vrai Roncevaux"
8 janvier 2006, Aetius ©