Al Sufi a envoyé à la rédaction des documents demandés par Tégé sur le forum "Rouen - Carcassonne"
"Je lui joins donc deux photos que j'avais faites à Crozant en été 1988, ainsi qu'un extrait de la publication "études archéologiques Crozant, Creuse", éditée par l'APTAC (association pour la publication des travaux d'archéologie creusoises), aux éditions Verso, en septembre 1985. La photo et le dessin sont de Benjamin Laisnier." (Al Sufi)

©Benjamin Laisnier

©Al Sufi

©Al Sufi
Bibliographie sommaire indiquée dans l'ouvrage précédent, avec des "érudits locaux", dont l'inévitable Abbé, fin XIXème :
E. de BEAUFORT, Château de Crozant, Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1832;
Abbé J. CLEMENT, Le Château de Crozant et ses rapports avec le Bourbonnais, Bulletin des la Société d'Emulation et des Beaux-Arts du Bourbonnais, 1897;
V.A. FAUCONNEAU-DUFRESNES, Notice sur Crozant, Châteaubrun et Gargilesse, Châteauroux, Nuret, 1881, 118 p.
Depuis la mise en ligne des informations ci-dessus, Al Sufi a souhaité étoffer la présentation géographique, historique et ésotérique de Crozant. Deux webmasters, Henry Nguyen et Robin Plackert, ont autorisé la rédaction de la Gazette de RLC à prendre des informations sur leur site. Qu'ils en soient remerciés!
"Crozant est un petit village de plus de 600 habitants dominant le confluent de la Creuse et de la Sédelle, en bordure du lac Chambon formé par la retenue du barrage d'Eguzon.
Nous sommes, ici, à la limite des départements de la Creuse et de l'Indre dans un site remarquable à bien des égards, étape incontournable sur les routes de St Jacques de Compostelle et de George Sand.
Michelin©
Crozant magnifique site naturel et sauvage
Beaucoup de sites de la Vallée de la Grande Creuse, juchés sur des rochers dominant la rivière, avaient -depuis la nuit des temps- une fonction stratégique à la confluence de deux rivières.
C'est le cas pour Glénic, Anzème et le Bourg d'Hem par exemple, dont l'implantation permettait de surveiller les voies d'accès, en contrebas, dans la vallée. Au delà de l'aspect historique, c'est bien évidemment en ces lieux que nous trouverons, tout naturellement, les plus beaux points de vue et les panoramas les plus saisissants.
Pour ce qui concerne Crozant, cette caractéristique est -pour ainsi dire- décuplée en raison de la forme imposante de cet extraordinaire éperon rocheux qui s'avance, tel un vaisseau de pierre granitique, profondément dans un grand méandre de la Creuse, accompagné quelques soixante et dix mètres plus bas par la Sédelle encore bouillonnante débouchant de ses gorges.
Nous avons là un autre exemple de l'étymologie gauloise "croso" (creux) qui s'applique autant à Creuse qu'à Crozant.
Le paysage est vraiment superbe ! On peut en avoir un premier aperçu de la place de l'église qui surplombe l'ancien emplacement féodal, ce qui vous permettra d'apprécier, par la même occasion, ce monument dédié à St Etienne, classé Monument Historique avec un portail du XIIeme siècle, les autres parties ayant été restaurées aux XV et XVIeme siècles.
Mais, deux autres points de vue vous permettront, encore mieux, d'approcher la grande beauté de ce site : au bout du promontoire, tout près de ce qui reste de la tour Colin, face au Rocher des Fileuses, ou encore, en face, sur le Rocher des Fileuses, lui-même.
Le spectacle est particulièrement apprécié en début de saison quand les genêts illuminent toutes les nuances de vert du printemps nouveau et aussi, à l'automne, quand les lumières embrasent les bruyères, les ajoncs et les feuillages déjà jaunissants des fougères.
Crozant, forteresse féodale des XII et XIIIeme siècles

Cliquer sur la photo pour l'agrandir (Conseil Général de la Creuse©)
Le site a été occupé dès la Préhistoire et à l'époque gallo-romaine, d'après le résultat des recherches archéologiques, puis plus de traces jusqu'à la fin du Xeme siècle où un certain Gérald, seigneur de Crozant, aussi seigneur de Bridiers, est mentionné dans un document écrit. Mais il est difficile d'obtenir plus de précisions sur l'occupation de cette période, les premiers châteaux étant construits en bois ne laissaient que peu de vestiges.
C'est à partir du XIIeme siècle qu'apparaissent, vraisemblablement, les premières constructions en pierres sur l'éperon, sous l'occupation de Hugues de Lusignan, comte de la Marche, et de son épouse, Isabelle d'Angoulème, veuve du roi d'Angleterre, Jean Sans Terre.
C'est au cours de cette période qu'aurait pu être édifiée la base d'un donjon carré, construction la plus ancienne, suivie d'une double enceinte et de trois tours rondes.
C'est au XIIIeme siècle, que le château de Crozant prend sa forme définitive et devient une forteresse imposante, une des plus puissantes du centre de la France, avec une enceinte extérieure d'un kilomètre de longueur, flanquée de dix tours, six côté Creuse et quatre côté Sédelle. Le château, lui-même, mesure quelques 450 mètres sur 80 mètres de largeur, au plus.
Le croquis ci-dessous illustre ce qu'il en reste, aujourd'hui :

Après les Lusignans, ce sont les familles illustres des Bourbons, des Armagnacs, puis de nouveau des Bourbons qui se sont succédé comme Comtes de la Marche et propriétaires de Crozant. En 1356, pendant la Guerre de Cent Ans, la forteresse est attaquée par le Prince Noir, Edouard d'Angleterre, mais défendue victorieusement par son capitaine-gouverneur, Guy Foucaud St Germain Beaupré.
La construction ne sera plus modifiée après sa remise en état, au XVeme siècle, par le roi Charles VII, suite aux dégâts provoqués par la guerre contre les Anglais. C'est à ce moment qu'est construite l'entrée avec le pont-levis, au-dessus du fossé qui barre l'éperon.
Par la suite, les guerres de religion de la fin du XVIeme siècle, l'abandon par les propriétaires et un tremblement de terre, participèrent à la destruction de la forteresse. Quand le roi Louis XIII vend le château en 1640 à Henri Foucaud St Germain Beaupré, l'acte de vente précise qu'il est en ruine.
Aujourd'hui, il ne reste que peu de vestiges du château, hormis les ruines du donjon carré, devenue résidence seigneuriale au XVeme siècle, de la chapelle et de trois tours datant du XIIIeme siècle : celles d'Isabelle d'Angoulème, du Renard et Colin.
Longtemps délaissé, le site de l'ancienne forteresse est récemment devenu propriété de la commune avec l'aide du Conseil Général de la Creuse et des efforts importants sont, désormais, consentis pour entretenir et valoriser ce site majeur du Limousin.
Des visites payantes des ruines (tarif modique) sont actuellement possibles, renseignez vous auprès de la mairie,
tél : 05 55 89 80 12" (
Henry Nguyen© http://www.ecole-buissonniere.tm.fr/)
Crozant
"
[...] Gérald (ou Géraud) de Crozant concède la villa Sosteranea aux chanoines de saint Martial. Crozant où s'élève la forteresse des Comtes de la Marche, un peu plus au nord de La Souterraine, en secteur Taureau, sur l'éperon rocheux dominant le confluent de la Creuse et de la Sédelle . Site impressionnant, sauvage, que l'on atteint par de petites routes escarpées, tortueuses. George Sand, en découvrant ce lieu en 1827, en assura sa célébrité et toute une pléiade de peintres paysagistes s'en enticha au point qu'on parle encore aujourd'hui d'une Ecole de Crozant.
Lieu retiré, mal accessible, pourtant sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, étape entre Gargilesse et La Souterraine, ayant longtemps appartenu à la famille des Lusignan que nous connaissons bien maintenant.
A l'intérieur des ruines, nous retrouvons une crypte , sise entre la Tour dite du Renard et celle dite d'Isabelle d'Angoulême, épouse de Hugues de Lusignan (XIIème siècle).
Le rocher des Fileuses
Sur la rive opposée, en face de la tour Colin du château de Crozant , s'élève la falaise que l'on nomme ici le rocher des Fileuses , d'après une légende que l'abbé Rouzier rapporte ainsi en 1897 dans son « Histoire illustrée des châteaux de Crozant et des Places » :
" Lorsqu'aux jours ensoleillés du printemps, les bergerettes paissent leurs moutons sur la montagne verdoyante, une sorte de joyeux tournoi s'établissait entre elles, ajoutant cet innocent plaisir aux charmes de leurs jeux champêtres.
Au signal donné on voyait les intrépides jeunes filles, la quenouille au côté, le fuseau dans la main, debout toutes ensemble sur le faîte de la roche, qui s'élève à pic sur le torrent à l'heure où le soleil descend lentement sur l'horizon, et où la rivière miroitait, comme une immense lame d'argent diaprée d'efflorescences d'or et d'azur.
Quelle sera la main assez habile pour laisser glisser jusqu'au bas son fuseau et le ramener à elle enlacé de ses mille fils de lin ?
Quel pittoresque spectacle !
Dès que les divers fuseaux entraient dans l'eau, et en remontaient ruisselants de gouttelettes brillantes, il se faisait comme une traînée de diamants qui attiraient les regards.
Assis au haut de la vieille tour, le seigneur, entouré de sa noble épouse et des servants d'armes, les yeux fixés attentivement sur le groupe sémillant des fileuses, attendait avec émotion l'issue de cet intéressant tournoi.
La bergerette qui avait été assez heureuse pour triompher de cette périlleuse épreuve était acclamée par ses compagnes. qui la conduisaient bruyamment à la demeure seigneuriale où le vieux châtelain après avoir effleuré son front virginal d'un baiser paternel, lui plaçait sur la tête une couronne de fleurs et lui offrait la main de l'un de ses jeunes varlets (...)
A ce moment le barde chantait sur la harpe sonore, le triomphe de la douce héroïne du Fuseau.
Au loin des cris guerriers ont rompu le silence
Allons ! Preux chevaliers armez-vous de la lance !
Est-ce l'ennemi qui s'avance ?
Non, c'est la fleur d'amour,
Preux chevaliers, abaissez votre lance !
Saluez ! Saluez la reine de ce jour !
Chantez, chantez, l'hymne d'amour ! "
Autres fileuses : Les Parques
Tout fait sens dans cette légende. Tout d'abord, elle se déroule au printemps, à une époque où la montagne est verdoyante : c'est précisément en Taureau, deuxième signe de printemps, que la nature, sous nos latitudes, connaît une explosion de vert. Les arbres longtemps dénudés recouvrent leur feuillage et les pâturages sont à nouveau en mesure d'accueillir le bétail. Cet hymne d'amour exprime parfaitement la domiciliation de Vénus dans le signe, Aphrodite grecque, « née de l'écume » ( ex toû aphroû ), dont ce fuseau iridescent surgi des flots de la Creuse porte encore le souvenir. Vaste symbole d'ailleurs que ce fuseau qui résume à lui seul le trajet initiatique de l'adepte.
Cette descente, cette plongée dans les eaux tumultueuses de la Creuse et l'étincelante remontée symbolisent en effet le parcours nécessaire du chevalier. On l'a vu pour Enée, et cela est vrai pour tous les héros, le passage par les Enfers est obligatoire. Pour accéder à un niveau d' être supérieur, il importe de sortir victorieux de cette épreuve fondamentale, en termes psychologiques, de la plongée dans l' inconscient. L'enfer est inferis , le lieu d'en bas, représenté par la Creuse , dont l'étymologie est la même que celle de Crozant (gaulois croso « creux »). L'ascension du fuseau figure alors le triomphe du héros sorti métamorphosé de sa confrontation avec les puissances infernales. Le fil fait le lien entre les différents niveaux cosmiques. Et les Fileuses ne sont pas sans faire penser aux Parques romaines et aux Moires grecques :
« Ces divines et infatigables filandières n'avaient pas seulement pour fonction de dérouler et de trancher le fil des destins. Elles présidaient aussi à la naissance des hommes. Enfin, elles étaient chargées de conduire à la lumière et de faire sortir du Tartare les héros qui avaient osé y pénétrer. C'est ainsi qu'elles servirent de guides à Bacchus, à Hercule, à Thésée, à Ulysse, à Orphée, etc. C'est à elles encore que Pluton confiait son épouse, lorsque, suivant l'ordre de Jupiter, elle retournait dans le ciel pour y passer six mois auprès de sa mère. » ( P. Commelin, Mythologie grecque et romaine , pp. 95-98.)
Le fil est suivi des yeux par le vieux seigneur et sa suite. Il importe en effet de ne jamais le perdre du regard, c'est la leçon du mythe du fil d' Ariane . C'est le lieu de se souvenir qu'à l'intérieur du palais crétois du roi Minos était enfermé le Minotaure , monstre à corps l'homme et tête de taureau: à qui l'on sacrifiait, tous les neuf ans, sept jeunes gens et sept jeunes filles amenés d'Athènes en tribut. Le combat contre le Minotaure « ne peut être victorieux que grâce à des armes de lumière : d'après une légende ce n'est pas seulement avec sa pelote de fil qu' Ariane permit à Thésée de revenir des profondeurs du labyrinthe, où il avait assommé le Minotaure à coups de poings, c'est grâce à sa couronne lumineuse, dont elle éclaire les détours obscurs du palais. » ( Dictionnaire des Symboles , p.635)
La couronne de fleurs dont le châtelain honore la bergerette pourrait bien être une réminiscence de cette légende... (Robin Plackert© http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/)