La croix dans le cercle
Rarement un auteur-chercheur n'aura fait preuve d'autant de concision dans sa production littéraire ! Vingt-trois pages, une en guise de mode d'emploi et vingt-deux de démonstration abondamment illustrées.
Jean Brunelin, Jeannot pour les proches, est une figure chaleureuse du monde des chercheurs de Rennes-le-Château. Nous l'avions rencontré un 17 janvier à "L'Hostellerie de Rennes-les-Bains". D'emblée, il nous précisa qu'il souhaitait partager des recherches de plusieurs décennies. Il passa d'ailleurs à l'acte en envoyant diverses photos à la Gazette de RLC : les pommes bleues, le 17 janvier 2006, le jardin de l'église de Rennes-le-Château, Montferrand, etc. Son ex-métier de photographe lui permettant de mettre son art au service de sa passion !
Mais revenons-en à son livre. Le titre "La croix dans le cercle ou Le message de l'abbé Boudet" en est un excellent résumé et, en l'inversant, il nous guide du message de l'abbé Boudet vers la croix dans le cercle.
L'auteur utilise "La vraie langue celtique et le cromleck de Rennes-les-Bains" de l'abbé et la tombe de la famille Boudet dans le cimetière de Rennes-les-Bains, il s'appuie sur la décoration de l'église de Rennes-le-Château, vérifie sa théorie grâce à la stèle de Marie de Nègre d'Ables, au grand parchemin et à la pierre de Coumesourde. Le texte "Serpent rouge" corrobore sa recherche. De nombreuses cartes et schémas complètent l'ouvrage. Point final de sa démonstration, la bergerie Paris sert de relais et guide le lecteur vers un point précis !
Au cours des vingt dernières années, nous avons lu une centaine de livres en rapport avec l'affaire, encore plus d'articles, visionné des heures de cassettes et DVD. Rarement un auteur n'aura été si précis et si concis car le lieu du trésor est indiqué avec la longitude et la latitude !!! Sa provenance ? le temple de Jérusalem.
La postface, bien dans le style du personnage, tout en sagesse, parle de Boudet comme d'un maillon et de Rennes-le-Château comme d'un élément du puzzle. La quête mériterait-elle d'être poursuivie ?
Les Editions Pégase ajoutent à cette étude la réimpression du texte de Firmin Jaffus "La Cité de Carcassonne et le Trésor des Wisigoths" (1867).
De Jaffus à Brunelin, le témoin se transmet...
M. Brunelin a accepté de répondre aux question de la Gazette de RLC.
Gazette de Rennes-le-Château : Monsieur Brunelin, présentez-vous aux lecteurs de la Gazette.
Jean Brunelin : Je suis né en 1945 issu d'une vieille famille occitane, ancien reporter photographe de Paris Match reconverti accidentellement dans la restauration depuis 35 ans. Sportif de haut niveau, championnat du monde de moto-cross en 1965, je porte la flamme olympique sur ma moto aux jeux olympiques de Grenoble en 1968. Passionné de recherche historique, ancien membre de la Société d'Etude Scientifique de Sète. Et plein d'autres choses sympas, mais j'ai horreur de parler de moi. ! Ah, j'oubliais ! j'étais très ami avec le grand Georges Brassens qui m'a entre autre appris l'humilité et qui me disait toujours que beaucoup de gens savent parler mais peu savent écouter.
Gazette de RLC : Quand et comment avez-vous connu l'affaire de RLC ?
Jean Brunelin : Comme la plupart des « anciens », c'est le livre de Robert Charroux qui m'a amené à Rennes-le-Château en 1967. Il faut dire que j'ai la chance d'habiter pas trop loin et de pouvoir y aller souvent.
Gazette de RLC : Décrivez l'ambiance qui régnait à l'origine.
Jean Brunelin (© Jean Brunelin)
Jean Brunelin : Au début, nous ne savions pas grand chose sauf que le curé du lieu avait trouvé un trésor et qu'il en resterait peut-être un peu quelque part. Tout le monde arpentait joyeusement la colline. Mais, pour bien comprendre l'ambiance, il faut imaginer le village perdu de l'époque où les rues étaient en terre battue et la population essentiellement paysanne. Le souvenir de l'abbé était encore vivace et les hurluberlus que nous étions intéressaient beaucoup la population qui collaborait joyeusement à nos ébats. Le maire, monsieur Lambège, était très intéressé par nos recherches qui, semblait-il, mettaient un peu d'animation dans ce village désolé.
Lorsque je suis arrivé pour la première fois, un chercheur forait le plateau avec un drôle d'engin qui perçait des trous à intervalles réguliers, il prétendait chercher des cavités naturelles circulant sous le village, un autre possédait un double des clés de l'église et passait la nuit à l'intérieur, d'autres avaient acheté la maison proche de l'église et creusaient un tunnel. Les choses ont commencé à se gâter le jour où une équipe s'est servie d'explosif pour dégager le fond d'un puits. Les pierres ont volé en l'air et endommagé les toits des alentours. Mais le coup de grâce qui marqua la fin de cette époque insouciante fut le saccage de la tombe Rougé qui exaspéra la population et conduisit le maire à interdire les fouilles sur le territoire de la commune.
Les années 70 ont été marquées par le tournage de plusieurs films. J'étais là le jour où les camions de production d'une équipe anglaise ont été incendiés. C'était précisément à cette époque que le livre de de Sède parlait « des veilleurs » et faisait régner dans la région une ambiance un peu mystérieuse. Je dois dire à ce propos que, contrairement à ce que disait de Sède, ce ne sont pas non plus « les veilleurs » qui ont tiré une rafale de fusil mitrailleur sur la DS blanche de Buthion mais un jeune de sa famille qui s'amusait à faire un carton sur l'épave avec une petite carabine. Comme je l'ai souvent dit, nous avons perdu notre innocence avec l'arrivée du livre de Gérard de Sède car nous avons envisagé la recherche autrement et les choses n'ont plus été les mêmes.
Gazette de RLC : Quelles sont les personnes qui vous ont marqué et pourquoi ?
Jean Brunelin : A cette époque, il n'y avait que deux lieux reconnaissables dans le village. C'était l'hôtel de la Tour tenu par Henri Buthion et le château, propriété de Marius Fatin. Buthion était toujours aux aguets et surveillait tout le monde, rien ne lui échappait. Ce que je peux dire c'est qu'il était là pour trouver le trésor car il s'en occupait sérieusement. Quant à Fatin, il semblait avoir d'autres préoccupations car, à l'évidence, le trésor ne l'intéressait pas. Avec son fils, il se passionnait pour les fossiles et faisait visiter son petit musée aménagé dans une des pièces du château.
Gazette de RLC : Votre vision de l'affaire a-t-elle évolué et pourquoi ?
Jean Brunelin : Ma vision de l'affaire a fatalement évolué car c'est la connaissance de cette affaire qui a évolué. L'affaire de Rennes-le-Château des années 60 n'est plus la même affaire de Rennes-le-Château que nous connaissons aujourd'hui. Il m'arrive même de parler de « l'affaire de Rennes-les-Bains » car il est certain que Rennes-le-Château n'est que la partie visible, mais l'épicentre se trouve à la Rennes d'en bas. Je pense que, si Saunière avait été aussi discret que ses prédécesseurs, nous n'en saurions rien aujourd'hui. L'affaire n'a été remarquée que par les excès du « curé aux milliards » et à ce que les médias en ont fait à partir des années 50.
L'évolution la plus notable a été de faire de Saunière un personnage secondaire alors qu'il était considéré pendant longtemps comme étant le personnage principal. Si l'on peut dire que, sans lui, cette affaire ne serait pas connue, on peut dire également que, sans lui, cette affaire aurait tout de même existé car la terre du Razès était porteuse de ce mystère avant que Saunière n'existe. L'extraordinaire porte qu'a entrouverte Franck Daffos en ce qui concerne la période du 17ème siècle a forcément fait évoluer un des axes de la recherche qui nous conduit à des personnages nouveaux tels que Pavillon et Fouquet qui, chacun à leur niveau, ont tenu les rennes de ce mystère. Lorsque je dis « ont tenu les Rennes », c'est pour faire un jeu de mot subtil, vous l'aurez compris !
Gazette de RLC : Comment définiriez-vous le mystère de RLC ?
Jean Brunelin à l'entrée de la mine de jais du Serbaïrou (© Jean Brunelin)
Jean Brunelin : Il est évident que cette affaire est un grand mystère et que ce mystère n'est pas encore résolu. On avance sur certains points, d'autres portes s'ouvrent et nous commençons peu à peu à écarter les fausses pistes et les pièces douteuses semées par des gens non moins douteux. Tout au long de l'histoire, des signes nous sont donnés pour indiquer qu'un secret est caché dans le Razès, cela est indéniable. Trop de gens ont inscrit cela dans leur ouvre comme une bouteille lancée à la mer à l'intention de ceux qui pourraient comprendre. La complexité de l'approche réside dans le fait que cette affaire est plurielle et ne réside pas dans un seul secret, c'est cela qui complique la recherche car il faut pouvoir discerner les signes relatifs à l'une et à l'autre. Le tort de la majorité des chercheurs est de globaliser l'analyse et de penser que tous les signes se rattachent à la même chose.
Pour résumer, je dirais qu'il y a au moins deux affaires principales.
D'abord, un gros dépôt (trésor) sur le territoire de Rennes-Les-Bains découvert au XVIIème siècle dont le secret et la garde passèrent aux mains de l'église. Je penche assez pour le trésor des Wisigoths constitué des dépouilles du temple d'Hérode pillé par Titus en 70 et ramené à Carcassonne par Alaric au Vème siècle. Ce trésor était augmenté des richesses pillées en Grèce en 395. En 507, Clovis attaque le royaume wisigoth et fait le siège de Carcassonne. Dans son ouvrage « De bello gothico », l'historien Procope précise : « Les Francs attaquèrent Carcassonne où ils avaient ouï dire que le trésor des Wisigoths, du pillage de Rome, était caché. » C'est certainement à ce moment que les Wisigoths déportèrent ce trésor dans leur place forte de Rhedae. Les Wisigoths s'enfuirent en Espagne et ne revinrent jamais rechercher leur trésor qui dormira en terre du Razès jusqu'à sa découverte au XVIIème siècle par un berger nommé Paris.
Ensuite un secret touchant à l'histoire de la religion ou mettant en doute la légitimité des noblesses régnantes européennes. Ce secret aurait été gardé par les grandes familles du Razès jusqu'à Marie de Nègre d'Ables qui le confia à son confesseur l'abbé Bigou pour passer ensuite à Saunière par les chemins que l'on sait.
Gazette de RLC : Quel est votre avis sur le Prieuré de Sion, version Pierre Plantard ?
Jean Brunelin : La première réflexion qui me vient à l'esprit est que ces gens nous ont fait perdre 20 ans. Lorsque le livre de de Sède est sorti, nous avons envisagé les choses autrement car nous étions à des années lumières de penser qu'il pouvait y avoir une lignée mérovingienne ou un ordre de Sion qui veillait au grain et qui, nous le saurons plus tard à nos dépends, avait truqué pas mal de choses dans le paysage et inondé les organes officiels d'apocryphes et autres faux notoires. Il a fallu environ 2O ans pour remettre les choses à leur place et commencer à savoir ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas. Je m'amuse encore de voir des gens étudier des pièces que nous savons fausses.
Ces gens ont essayé de mettre en place à RLC ce qu'ils n'ont pas pu matérialiser à Gisors et c'est bien dommage car nous en subissons encore les conséquences. En ce qui me concerne, je ne veux plus entendre parler de cette époque et ne m'intéresser qu'à l'histoire de Rennes-le-Château qui est sans doute plus intéressante dans sa version historique que la manipulation plantardesque, fût-elle géniale. !
Gazette de RLC : Pour quelles raisons avez-vous écrit ce livre ?
Jean Brunelin : Livre est un bien grand mot, c'est tout au plus un petit opuscule que je me suis amusé à faire pour expliquer une thèse qui semble être cohérente. Je ne pensais vraiment pas sortir cela mais, au printemps dernier, Jean-Claude Debrou m'averti qu'une équipe d'Italiens sérieusement outillés travaillaient à l'emplacement indiqué par mes recherches. J'ai donc décidé pour une question d'antériorité de sortir rapidement ce petit livre au cas où ces gens trouveraient quelque chose. Vous pensez bien que, depuis 40 ans que je m'intéresse à cette affaire, j'ai le matériel nécessaire pour faire « LE » livre que je tiens sous le coude et que je mettrai en chantier le jour où je prendrai ma retraite.
Gazette de RLC : Vu les risques de fouilles sauvages, pourquoi avez-vous localisé le trésor ?
De gauche à droite, Jean-Luc Chaumeil, Franck Daffos, Pierre Jarnac et Jean Brunelin (© Jean Brunelin)
Jean Brunelin : D'abord je n'ai rien localisé du tout. Je propose une théorie reposant sur les indications de direction données par la tombe Boudet et cette théorie conduit à un point dans la campagne.
La majorité des auteurs présentent des théories qui privilégient un endroit précis, Silvain nous envoie à Arques, Jauclin dit que c'est à Lavaldieu, d'autres montrent Blanchefort ou le Bézu, ce n'est pas pour cela que ces lieux sont saccagés ou anormalement fréquentés. Je n'ai fait ni plus ni moins que les autres, j'ai indiqué un point résultant de mes recherches. Au risque de vous surprendre, je vous dirais que je ne suis pas encore allé sur les lieux et que je ne les ai photographiés que de loin, à savoir de la montagne d'en face comme vous pouvez le voir dans mon petit livre. En réalité ce qui m'intéresse est de comprendre le message de Boudet et d'avancer dans la compréhension de notre affaire, car soyons sérieux, croyez-vous un seul instant que le trésor soit encore là ? Seuls les rêveurs le pensent, les gens sérieux savent qu'il a été emporté depuis longtemps.
Gazette de RLC : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre prochain livre ?
Jean Brunelin : J'ai fait une autre découverte inédite sur une peinture célèbre qui m'a conduit à faire une analyse technique plus poussée et écrire une étude qui sera incluse dans un gros ouvrage à venir d'un personnage connu dans le milieu rennais. Je vous promets des surprises, ce n'est pas de l'à-peu-près. Derrière une fine couche de peinture estompée avec le temps se trouve une foule de dessins et de scènes très suggestives. Ce sera exactement comme le message de la tombe Boudet que je montre dans mon petit ouvrage. Des milliers de personnes sont passées devant sans rien voir. Ce qui prouve encore une fois qu'un des maîtres mots dans cette affaire pourrait être « observation » et encore « observation ». Il faut sans cesse observer, comparer, évaluer les pièces à notre disposition. Vous ne pouvez pas savoir combien de pierres intéressantes jalonnent le terrain dans la région de Rennes, combien de peintures ou de pierres écrites meublent les églises. Il faut les regarder, les interpréter et ne pas se contenter des « toujours mêmes choses » que l'on nous présente et que les amateurs étudient depuis des lustres ! Franchement, n'en avez-vous pas marre de la dalle de la marquise ou des parchemins « demi-suspects » ? Je vous avoue qu'en ce qui me concerne, il y a longtemps que je suis passé à autre chose et que je fouine dans d'autres directions. C'est en cela que cette affaire est passionnante car, dès qu'on ouvre une porte nouvelle, c'est une autre dimension qui apparaît !
Gazette de RLC : Grand merci Monsieur Brunelin et bonne quête !
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© Johan Netchacovitch, 12 janvier 2008