LE CAS CHERISEY
Perspectives et documents nouveaux. Analyse technique des données. Synthèse et recoupements.
Je m'excuse tout d'abord auprès des lecteurs pour la qualité moyenne du style rédactionnel. Je considère en effet le commentaire qui va suivre comme une conversation entre vous et moi, plutôt qu'un exercice de style, ou un texte littéraire fait pour être agréable à l'oreille.
Depuis quelques temps, Philippe de Chérisey est au centre des conversations. De nouvelles pièces à conviction apparaissent, çà et là. Elles ont toutes pour point commun de nous donner une meilleure image de feu Chérisey, de son éducation, de sa personnalité, de ses humeurs et de ses intentions profondes. Un internaute a d'ailleurs lancé dernièrement sur un forum « ça balance pas mal en ce moment ! » C'est dire le déluge de documents qui est désormais mis à disposition du chercheur désireux de se faire une opinion précise sur Philippe de Chérisey, dit également Dédé, ou plus vulgairement Asmo, et acteur de profession.
Mais commençons par le début.
Notre ami Jean-Luc Chaumeil vient d'éditer un livre aux éditions Pégase : « Rennes-le-Château - Gisors - Le Testament du Prieuré de Sion - Le Crépuscule d'une Ténébreuse Affaire ». Un livre sympathique fait d'un beau papier qui rappelle un peu celui de « L'Enigme Sacrée », et qui regroupe plusieurs textes de l'auteur, dont le but est de recadrer et d'analyser le fameux « Pierre et Papier » de Philippe de Chérisey. Document qui n'est autre que le testament écrit de ce dernier, publié 20 ans après sa mort.
Jean-Luc Chaumeil dans sa galerie de Carennac (© Johan)
Un testament censé faire la lumière sur les intentions de Chérisey et sur la plaisanterie que constitueraient les deux parchemins dits « de Bérenger Saunière ». La publication de ce testament aurait donc dû être un véritable scoop. Et pourtant ce n'est pas tout à fait le cas, car. ô stupéfaction, Chérisey ne s'y exprime pas tout à fait clairement. Pour des confessions de dernière minute, on aurait pu espérer quelque chose de plus clair. Il s'emmêle les pinceaux de telle manière, qu'on ne peut s'empêcher de penser que soit il n'est pas le véritable auteur des parchemins, soit le « testament » n'est pas de lui. et a été rédigé en plusieurs morceaux, par plusieurs personnes. Bref, plus Chérisey s'enfonce dans ses révélations, plus le lecteur doute de la validité des arguments avancés, et du bien-fondé de sa revendication de paternité vis-à-vis des parchemins. Chérisey connaissait-il le Codex de Bezae qui a servi de texte à copier pour la rédaction des deux parchemins ? Asmo, dit Dédé Chérisey, n'était-il qu'un « amusant petit » pour reprendre les mots de Jean Cocteau ? Un mystificateur au petit pied ? Aurait-il essayé de s'octroyer la paternité des parchemins, et couvrir ainsi le mystère de Bérenger Saunière ? Le testament serait-il donc la dernière magouille de Philippe, un adieu en forme de croche-pied au monde des chercheurs ?
On est libre de le penser. Mais il ne s'agit pas là de mon opinion.
Je m'explique :
Ces documents (« Pierre et Papier », les commentaires de Jean-Luc Chaumeil, les extraits de courrier de Chérisey produits par Ariès, etc.), pour nouveaux qu'ils soient, ne sont pas à rejeter pour autant. Ils sont, bien au contraire, fort instructifs sur la personnalité de Philippe de Chérisey et nous donnent un singulier aperçu des connaissances de ce dernier. Loin de nous enfoncer la tête dans le « mystère » ou de poser plus de questions qu'ils n'apporteraient de réponses, ces documents sont de toute évidence une considérable avancée. Ils signent peut-être, justement, le début de la fin de l'énigme de Rennes-le-Château.
Grâce à ces documents, on remarque que Chérisey fut habité toute sa vie par deux obsessions : Marie-Madeleine, et ces mots : « Secundo Primo », qu'il transformera en P-S, ou S-P, c'est-à-dire les initiales du fameux Prieuré de Sion.
En effet, lorsqu'on lit avec attention le texte (des extraits de courriers de la main de Chérisey) présenté par Valérien Ariès sur le site ici présent (celui de Johan), et dont le contenu était jusqu'à présent totalement inconnu, on ne peut s'empêcher de constater que Dan Brown n'a rien inventé, et qu'il y a bien une sorte de continuité entre les Plantard, de Chérisey, de Sède et notre trio infernal, Baigent, Leigh et Lincoln, dont les élucubrations sur Marie-Madeleine serviront de support au « Da Vinci Code ».
A ce propos, nous lisons ce qui suit dans l'un des courriers signés de la main de Chérisey :

© Valérien Ariés
***"P.S. Sainte Madeleine fut ramenée en France à une époque très ancienne. D'anciennes traditions plus ou moins légendaires font état d'un pèlerinage à son sépulcre. A l'arrivée des "infidèles", on la sortit de son sépulcre d'albâtre pour la mettre à l'abri dans un sépulcre de marbre . On ne l'a jamais retrouvée. Certains prétendent qu'elle est dans une grotte à flanc de montagne, à proximité d'une route et l'on donne même les dimensions de cette grotte (29 x 24 x 4). Le bon roi René d'Anjou fit faire des fouilles en Provence en 1448; il n'y a pas preuve qu'elles aient abouti. Il ne peut y avoir de confusion sur la personne, car deux saintes seulement ont porté le nom de Madeleine (la seconde est hors de question, elle vécut au XVIIe siècle et porte le nom de sour Catherine en religion) il faut bien que ce soit celle qui répandit un parfum d'ambre sur le Christ, pleure au calvaire. Elle avait, dit-on, de fort beaux cheveux qui lui servirent d'appât lors de sa vie pécheresse et de manteau pour couvrir sa nudité quand elle se fut retirée dans une caverne. Que crois-tu que j'aille chercher à Rennes-le-Château ? Prie pour moi. Si je réussis je n'aurai pas le droit d'en parler." (6 novembre 1964) *** (Voir le document original)
Nous constatons aisément ici que notre ami Philippe de Chérisey ne possédait visiblement pas en 1964 les connaissances dont il fera montre dans son « Pierre et Papier », quelques années plus tard. A cette époque (1964), il cherchait le sépulcre d'une sainte dans la r égion de Rennes-le-Château. Tout au moins s'agit-il du sentiment qui se dégage, à première vue, de ce passage de courrier. Car en y réfléchissant à tête reposée, Chérisey devait savoir que les légendes ayant trait à la présence de Marie-Madeleine dans le sud de la France sont récentes, tout au plus du Xème siècle, et que, à l'image du tombeau de St Jacques à Compostelle, il n'y a jamais eu la moindre réalité historique pour asseoir un quelconque pèlerinage. On sait par ailleurs que bon nombre d'hérétiques cathares s'amusaient à porter des noms d'Evangélistes, ou de personnages du Nouveau Testament, afin d'attirer l'attention sur eux. C'est ainsi qu'un certain « Marc » de Lombardie, en Italie, fut longtemps considéré comme St Marc, alors qu'il s'agissait en fait d'un hérétique, dont la mémoire s'était substituée dans l'esprit du peuple à celle de l'Evangéliste. Il n'y avait donc aucune raison pour que Chérisey suppute la présence d'un sépulcre de Marie-Madeleine dans la région du Razès.
Chérisey cherchait-il autre chose que le simple sépulcre de Marie-Madeleine ? Et pourquoi une telle attention pour cette Sainte ?
Il nous dit : « Il faut bien que ce soit celle qui répandit un parfum d'ambre sur le Christ. » Pourquoi fixe-t-il son attention sur l'onction mortuaire que Marie-Madeleine avait faite sur la tête du Christ à Béthanie ? Ne serait-ce pas plutôt la Villa Béthanie qui intéresserait Philippe de Chérisey, ou quelque chose ayant un rapport avec une « notion mortuaire » attachée à Marie-Madeleine ?
Enfin, et surtout, quel intérêt pour lui de préciser : « Que crois-tu que j'aille chercher à Rennes-le-Château ? Prie pour moi. Si je réussis je n'aurai pas le droit d'en parler » ?
Jusqu'à présent, la découverte du tombeau de Marie-Madeleine n'aurait eu au contraire que des effets bénéfiques pour la vivacité des pèlerinages en France ! Une telle découverte, à la semblance d'un Lourdes ou d'un Fatima, ne pourrait qu'encourager les fidèles à plus de ferveur. Il est donc d'avis que si Chérisey avait réussi à mettre à jour un sépulcre de si grande valeur, la chose ne serait pas restée dans le silence, et on lui aurait apporté toute la publicité nécessaire. Si donc Chérisey découvre quelque chose lors de son expédition à Rennes-le-Château, il ne peut pas s'agir du sépulcre de Madeleine. Ce qui explique qu'une telle situation, en cas de « réussite », réclame un maximum de discrétion.
Là où notre ami auteur, Jean-Luc Chaumeil a parfaitement raison, c'est lorsqu'il martèle dans une interview pour la Radio « Sud Radio » : « qu'il y a deux Prieurés de Sion . Le premier, c'est le trio Plantard, Chérisey, de Sède; ce fut un jeu surréaliste, qui fut poussé un peu trop loin il est vrai.
Le second fut constitué du trio : Baigent, Leigh et Lincoln, mais qui a dénaturé totalement l'esprit du premier, avec une histoire de descendance de Marie-Madeleine. [.] Dès ce moment il y a un aspect géopolitique, qui est nettement plus dangereux. [.] »

Pierre Plantard et Philippe de Chérisey dans la région de Rennes-les-Bains
On ne peut pas dire que le second trio ait réellement dénaturé la pensée du premier. Les deux trios ont évolué en osmose. Il m'est d'avis que Jean-Luc tente ici d'excuser nos mystificateurs préférés, car ils furent de ses relations. Or il y a bien une réelle continuité par contre entre le premier trio et le second, entre les mystificateurs Chérisey et Baigent, et plus tard Dan Brown. On peut dire que globalement Marie-Madeleine leur est une obsession commune. Mais quelle est la finalité, ou plutôt la signification profonde de cette obsession ? Qu'est venu chercher à Rennes-le-Château Chérisey ? Et pourquoi associait-il « quelque chose qu'on ne pouvait pas révéler en cas de découverte » à Marie-Madeleine ?
C'est le deuxième Prieuré de Sion qui va nous apporter la réponse. Comme si les questions posées par Chérisey trouvaient une réponse dans les écrits de Michael Baigent, ou comme si Michael Baigent suivait la pensée de Chérisey pour la compléter, nous lisons ceci dans « L'Enigme Sacrée », aux éditions Pygmalion :
*** « EN 1958, le professeur Morton Smith, de l'université de Columbia, découvrit dans un monastère proche de Jérusalem une lettre contenant un fragment inconnu de l'Evangile de Marc. Cette lettre était adressée par l'évêque Clément d'Alexandrie à son disciple Théodore, à la suite d'un différend survenu entre celui-ci et la secte gnostique des Carpocratiens. Après lui avoir recommandé de bien distinguer dans cette affaire « la vérité qui semble vraie aux yeux de l'opinion humaine, et la vraie vérité, celle qui l'est selon la Foi », Clément d'Alexandrie en arrive à l'objet du litige, l'Evangile de Marc et la mauvaise utilisation qu'en ont faite les Carpocratiens. Il s'agit d'un texte composé par l'Evangéliste, sur la base de ses notes et de celles de Pierre, à l'usage de « ceux qui se trouvent sur le chemin de la perfection » et s'initient aux grands mystères, mais non destiné à être divulgué auprès de tous les chrétiens. A sa mort, Marc confia donc sa « composition » à l'Eglise d'Alexandrie, qui la conserva soigneusement jusqu'au jour où l'un de ses membres, poussé par les « démons destructeurs », en livra un exemplaire à Carpocrate. Celui-ci, s'empressant alors de mêler aux mots saints et irréprochables de Marc des mensonges scandaleux, en donna une interprétation conforme au contenu impie et blasphématoire de sa doctrine de la chair. [.] Clément d'Alexandrie conclut en conseillant à son disciple de ne jamais concéder aux Carpocratiens que ce texte était l'ouvre de Marc, car précise-t-il encore, « toutes les choses vraies ne sont pas bonnes à dire à tous les hommes ». Puis le Père de l'Eglise termine sa lettre en citant intégralement un passage de cet « Evangile » non lisible par les sectes Gnostiques : [.]
« Ils se rendirent à Béthanie, et il y avait là une femme (évidemment il s'agit de Marie-Madeleine) dont le frère était mort. Elle vint à Jésus, se prosterna et dit : Fils de David, aie pitié de moi ! Mais les disciples la repoussèrent. Alors Jésus, en colère, se rendit avec elle dans le jardin où se trouvait la tombe, et aussitôt un grand cri en sortit. Jésus s'approcha, enleva la pierre qui se trouvait là, entra dans le tombeau, tendit la main au jeune homme et le fit se lever. » [.] Cet épisode n'existe pas dans l'Evangile de Marc mais on le connaît bien, il s'agit de la résurrection de Lazare. [.] Le Professeur Smith voit plutôt dans cet épisode de la résurrection de Lazare l'évocation d'un rituel symbolique de la mort [.] comme il en existait alors de nombreuses formes au Moyen-Orient. »***
Chérisey ne cherchait donc point le sépulcre de la Madeleine à Rennes-le-Château, mais un rite Mortuaire, bref une pratique secrète, qui est associée dans l'esprit des confréries de Pénitents à la Sainte, et aussi à Béthanie. C'est ce que nous apprend Michael Baigent lorsqu'il nous rapporte les propos du Professeur Smith.
La Villa Béthania sous la neige (© Alain)
On s'aperçoit donc que tout ce qui touche à Béthanie dans un contexte pénitentiel, a toujours été un sujet d'intérêt pour des sectes et des démoniaques. C'est l'exemple des Carpocratiens, mais aussi des Pénitents, et pourquoi pas de notre ami Chérisey. Et que l'on ne me dise pas que Chérisey ignorait que Marie-Madeleine fut toujours associée dans la tradition Catholique du temps de Léon XIII (celle de Bérenger Saunière) à Lazare et à Béthanie ! En effet, lorsqu'on se renseigne, comme tout bon catholique, sur ce que dit le Bréviaire Romain au sujet de la Madeleine, on apprend ceci : « Ste Marie-Madeleine Pénitente, ornements blancs [.] Marie sour de Marthe et de Lazare était de Magdala, en Galilée [.] (C'était) Une femme connue dans la ville pour une pécheresse, ayant su que Jésus était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfums ». S'ensuit le passage bien connu des onctions mortuaires dites « en vue de la sépulture du Christ ». »
Ainsi donc, l'obsession qu'avait Chérisey de Marie-Madeleine dès le début de sa quête impliquait qu'il se soit renseigné sur la Sainte. (Un minimum.) Il ne pouvait ignorer conséquemment que la Madeleine est, dans la tradition Catholique, associée aux notions et personnages suivants :
1) Pénitence
2) Pénitents
3) Culte des Morts
4) Lazare
5) Grotte mortuaire (Tombeau)
6) Onctions mortuaires
7) Béthanie, maison de Lazare.
Le passage de la résurrection de Lazare, détourné par les Carpocratiens, collait excellemment aux éléments présents à Rennes-le-Château et à l'énigme de Bérenger Saunière. Là où les nouveaux documents mis à disposition nous confortent sur la piste que nous suivons, c'est lorsque l'on apprend que Philippe de Chérisey connaissait l'existence du Culte des Morts, et sa correspondance avec Marie-Madeleine dont l'adoration lui sert de support.
Monsieur Chaumeil nous dit en effet, dans une interview accordée au site de Johan :
« Je vais vous révéler quelque chose... Le document Tisseyre est une invention. Ou, plus exactement, Tisseyre invente un relevé soit-disant réalisé en 1905 et le publie dans le Bulletin de la SESA. Grâce à cet article, il accrédite la présence de la pierre à cette époque dans le cimetière de Rennes-le-Château et couvre... un trafic de reliques et d'objets archéologiques qu'il a mis sur pied avec Bérenger Saunière. On ne pourra les taxer de vol pour une pierre encore recensée en 1905... !!! »
Logiquement le « trafic de reliques » dont il est ici question constitue la grande révélation faite par Chérisey à Chaumeil dans le plus grand secret. une sorte de « testament » bis. Autant dire que certaines phrases du « testament Pierre et Papier », restées difficiles à interpréter, bénéficient avec cette révélation d'un nouvel éclairage.
Lorsque Chérisey nous déclarait à propos des Parchemins : « Le document II retrace un texte évangélique de Jean (XII, 1-12). Il s'agit ici de la fameuse histoire de Madeleine pécheresse renversant un vase de parfum très coûteux sur Jésus une semaine avant sa Passion. Ce geste généreux indigna les apôtres, estimant que le parfum valant 300 deniers eût pu être vendu, et le produit de sa vente distribué aux pauvres. En sa qualité de trésorier percevant 10% des rentrées, Judas se sentit particulièrement frustré mais récupéra son manque à gagner en vendant le Christ pour 30 deniers. Par cette jolie parabole, l'évangéliste Jean a lancé un avertissement que les historiens de l'Eglise ne semblent pas avoir très bien entendu : la chair du Christ est à son parfum dans la proportion de 10% ; son histoire étant à sa légende comme 30 à 300. [.] L'abbé Saunière apprit à ses dépens ce qu'il en coûte de dépasser les honoraires du mauvais apôtre, étant décédé le 22 janvier 1917, quelques jours après une ponction trop abondante. Il s'agit encore d'accoutumer l'inventeur (du trésor spirituel) à la perspective de piller une nécropole ou les morts depuis tant de siècles, demeurent naturellement momifiés et en assez bel état de conservation. Sous cet angle, on est prié de considérer Madeleine la pécheresse en qualité de patronne des embaumements, ce que fit fort bien le Christ en déclarant qu'elle avait versé le parfum pour sa sépulture. »
Il serait dommage de ne pas comparer ce passage avec l'affirmation d'un trafic de reliques perpétré par l'abbé Saunière en son temps. Le culte des morts était bien l'hypothèse privilégiée par Chérisey. Il suffit de savoir lire.
Dernière révélation que nous procurent ces documents : Philippe de Chérisey connaissait le Codex de Bezae. Affirmation hasardeuse ? Non, et un point précis suffit à la démontrer.
Codex Bezae Cantabrigiensis (Le Mercure de Gaillon ©)
Mais avant tout, posons la méthode : Si le « Pierre et Papier », dit encore le « testament de Philippe de Chérisey » est bien de sa main, alors on ne peut mettre en doute le fait qu'il avait connaissance de l'existence et du contenu du Codex de Bezae. Dans le cas contraire, il n'argumenterait pas sur le passage « Secundo Primo ».
Explications : Grâce aux documents aimablement fournis par Ariès, il est maintenant permis de vérifier l'écriture de Chérisey. Lorsque l'on compare le « testament » manuscrit reproduit à la fin du livre de Jean-Luc Chaumeil aux extraits de courriers affichés sur le site de Johan, le doute n'est plus permis, il s'agit bien de la même écriture, une écriture spéciale, très facile à identifier. Donc le « testament est bien l'ouvre de Philippe de Chérisey ».
Ce premier point une fois établi, il ne reste plus qu'à constater que Chérisey, dans presque 50 % de ses explications liées à la rédaction des deux parchemins, base toute son argumentation sur ces seuls deux mots : « Secundo Primo ». Pour exemple, nous lisons dans une interview de Chérisey réalisée par Chaumeil, ainsi que dans le « testament » ces quelques phrases :
*** « Jean-Luc Chaumeil : Enfin, il y a un premier système avec le P.S. ?
Philippe de Chérisey : Oui, c'est cela. Mais ceci est encore autre chose. En fait, il faut prendre ce qui est en second. Ce qui est en second doit venir en premier. C'est un peu comme les tirelires japonaises où la clef est à l'intérieur. Toute la beauté du décryptage réside dans un des Evangiles de Luc, qui commence ainsi : « In Sabbato Secundo Primo ». Ce texte a d'ailleurs causé un casse-tête aux sociétés anonymes. Il faut dire que « Un certain jour de Sabbat, second premier », n'est pas à proprement parler, traduisible. Personne n'a jamais entendu parler de cela. Alors, il doit s'agir, comme ils se promènent dans un champ de blé et qu'ils ont faim et qu'ils mangent le blé à même, il doit s'agir du « Second Sabbat suivant le premier jour des pains sans levain ». C'est tout ce que l'on a pu trouver comme interprétation ! [.] En conclusion, « In Sabbato Secundo Primo » ne veut pas dire : un certain jour de sabbat second premier, mais signifie : en qualité de second, Sabbasius devenu premier. Ce qui est amusant c'est que les réunions de Sorcières sont qualifiées de « Sabbats ». [.] La première phrase contient des énigmes que les exégètes ont renoncé à élucider. Jesus in sabbato secundo primo, Jésus en un jour de sabbat Second Premier, qui pouvait être le second sabbat suivant le premier jour des pains sans levain ou le premier sabbat suivant le second jour ? Malheureusement ce sabbat second premier n'a aucune référence dans la littérature Biblique. » ***
Les mots « Secundo primo » revêtent visiblement une importance considérable pour notre ami. Contiendraient-ils une clef capable de nous aider sur la piste du Codex de Bezae ?
Comme l'indique Philippe de Chérisey, « Personne n'a jamais entendu parler de cela », personne n'a jamais entendu parler d'un shabbat second premier (traduction de sabbato secundo primo).
Cela signifie clairement que Philippe s'est renseigné, puisqu'il affirme que « les exégètes ont renoncé à élucider » cette première phrase du texte des parchemins. Or, et c'est bien là la clef de la preuve, si Chérisey s'est en effet renseigné sur ces mots « secundo primo » et qu'il base tout son commentaire des parchemins dessus, il ne peut pas ignorer que le seul manuscrit dit « Européen » à posséder ces mots dans son texte, est le codex D05, c'est-à-dire le Codex de Bezae.
Nous lisons ceci en effet chez l'un des seuls exégètes catholiques experts bibliques, le père Marie-Joseph Lagrange, directeur de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes Bibliques de Jérusalem (sous Léon XIII) qu'« il serait sans doute ici question du Second de deux Sabbats qu'on pouvait qualifier de premiers. Ces mots, Secundo-Primo, invraisemblables, doivent être rejetés d'après les règles de la critique, car ils sont omis par les codex aleph, B, L, W, 1, 22, 33, 69, 118, 157, 209, ew, b, c, e, f° l q, boh, sah, syrr, ce qui autorise à les supprimer malgré leur existence dans le codex (D05) de Bezae ».
Aucun autre texte européen en oncial autre que le codex de Bezae ne contient ces mots. Chérisey, ayant fixé son attention sur eux, et ayant consulté les « exégètes », ne pouvait donc l'ignorer.
Que l'on en conclue ce que bon semblera. Pour ma part, je pense également qu'il y a une sorte de continuité de « pensée » entre Bérenger Saunière et Chérisey. Chérisey n'était qu'un demi-farceur, selon ses propres mots. Il y a donc un fond de vrai dans cette histoire. Même dans les parchemins pourtant visiblement rédigés par Chérisey, subsiste quelque chose qui est l'expression de ce qui s'est réellement déroulé à Rennes-le-Château au temps de Bérenger Saunière.
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2 décembre 2006, Issac Ben Jacob ©